L'enfant de sable (Tahar Ben Jelloun)

Publié le par a-yin

Au Maroc, Hadj Ahmed est un homme désespéré. Il a déjà sept filles et ressent donc une honte incommensurable. Sa femme est encore enceinte et peu importe qu'il s'agisse d'une fille ou d'un fils, ce sera un fils! Ainsi, l'enfant naît, il s'agit de la huitième fille qu'il nomme Ahmed et qu'il élève en fils. Personne n'est au courant du mensonge: seul le père, la mère et la sage-femme soudoyée qui n'en a de toute manière plus pour longtemps, sont au courant du secret. Même les soeurs n'en savent rien. Ahmed grandit en garçon fort, faisant la fierté de son père et la crainte de ses soeurs qui lui doivent obéissance. Ahmed est comme un roi chez lui et méprise les femmes de la maison. Mais Ahmed est émotionnellement fragile et souffre, en quête d'identité, notant ses pensées dans un grand cahier. A l'âge adulte, Ahmed pousse le vice jusqu'à se marier.

Avis :

L'enfant de sable est un roman écrit par Tahar Ben Jelloun, Marocain écrivant en français. L'enfant de sable fut un succès et sa suite, La nuit sacrée, reçut le prix Goncourt 1987. Tahar Ben Jelloun est également célèbre pour son livre Le racisme expliqué à ma fille, et pour son côté engagé, dénonçant dans ses romans les problèmes de la société marocaine. Dans L'enfant de sable, Tahar Ben Jelloun aborde le sujet de la honte d'être née fille au Maroc et comment un père ira jusqu'au travestissement de sa fille afin de se sentir enfin virile. Ce mensonge est inspiré d'un fait réel.

L'enfant de sable est un ouvrage que j'ai lu totalement par hasard. Je ne connaissais même pas l'auteur de nom à vrai dire. En fait, mon frère a étudié ce livre au lycée et considérant que les bouquins encombrent sa chambre, j'ai hérité de L'enfant de sable, Le Candide, La perle, 1984, La vie devant soi et bien d'autres (mon frère a eu plus de chance que moi pour son programme de français O_O). Ayant fini L'affaire Charles Dexter Ward et ne voulant pas m'ennuyer dans les transports, j'ai finalement lu ou plutôt dévoré L'enfant de sable tant la lecture fut fluide et tant je l'ai trouvé passionnant.

Dés le quatrième de couverture, je fus intéressée par cette histoire de travestissement. Le tout commence de manière très mystérieuse, avec des traversées de portes propres à une culture arabe. Personnellement, je n'y connais rien mais c'est très exotique, mystérieux et surtout fascinant. On se prend finalement à voyager au Maghreb et l'histoire débute avec une personne qui va bientôt mourir. La narration est très spéciale, je n'avais jamais lu quelque chose de semblable avant. C'est en même temps très fluide et très vivant, le narrateur s'adressant souvent à son lecteur, lui demandant de le suivre.

La narration est une grande originalité de ce roman. Celle-ci est vraiment multiple et il vaut mieux ne pas s'embrouiller. On a donc le narrateur du début, notre héros/héroine par son grand cahier intime avec donc du "je" et ensuite, cela devient assez chaotique avec le conteur de la place du marché, les trois autres qui disent connaître la vérité et puis le vieil homme. C'est tout simplement déroutant, surtout à partir du moment où le cahier se finit et où le conteur quitte l'histoire. Tout ce bazar permet de plonger le lecteur dans une ambiance particulièrement medina, on se croirait sous le soleil dans un marché arabe, mais l'histoire devient vraiment pas facile à suivre. Le tout est encore une fois très vivant, on a l'impression de se retrouver sur la place avec le conteur qui interpelle le lecteur "ami".

L'enfant de sable est d'autant plus fascinant et déroutant qu'il est imprévisible. Dés que l'histoire se concentre sur Ahmed, on pense être entré dans un récit ordinaire nous racontant la vie du travesti. Le tout s'arrête de manière abrupte peu après le mariage. C'est là que le récit est raconté par plusieurs personnes et que chacun prétend connaître la vérité. Totalement imprévisible et déroutant voire frustrant, car chacun a sa version des faits. Finalement, après s'être attaché à Ahmed, on ne sait pas ce qu'il advient de lui/elle. Même la fin est frustrante car on a l'impression que c'est à nous de choisir la suite de l'histoire. On ne sait même pas si finalement Ahmed existe, il y a une dimension mythique qui se dessine.

Tahar Ben Jelloun surprend aussi car on pense avoir droit à un roman social sur la place de la femme dans une famille marocaine mais pas complètement. Si toute une partie s'y consacre, la suite est surtout un conte philosophique avec un Ahmed en quête d'identité. La dénonciation est tout de même présente, Tahar Ben Jelloun soulignant combien il est dur de se connaître sans finalement connaître son sexe. C'est finalement un grand crime qu'a commis le père d'Ahmed, et ce au nom du regard d'une société où l'homme est puissance. La description de la famille par Tahar n'a rien de très reluisant: les soeurs sont au service de leur frère qui les méprise, il n'y a aucune solidarité entre celles-ci, la mère subit sans rien dire et est aussi méprisée, elle n'aime pas plus ses filles qui lui rappellent sa honte, etc... c'est assez sordide, il faut le reconnaître. Enfin, la honte d'avoir une fille est en rapport avec l'héritage: sans fils, tous les biens de l'homme sont versés à son frère, la femme n'ayant aucun droit matériel.

L'enfant de sable est tout simplement un livre prenant, fascinant, déroutant, imprévisible mais dur à suivre et frustrant. C'est un roman à multiples facettes, on y retrouve une dimension sociale mais aussi une dimension religieuse (un site dont je n'ai plus le lien comparait cette quête de vérité à celle qui touche le coran, le cahier de Ahmed en serait un équivalent), philosophique et mythique (le personnage de Ahmed). Un livre hautement intéressant, qui plus est d'une écriture belle et fluide où l'ambiance arabe s'imprègne. La narration est très particulière et nous permet d'apercevoir un petit côté de la culture arabe: la fin n'est pas ce qu'il y a de plus important comme dans les histoires occidentales où une histoire doit forcément être finie. Enfin, plusieurs lectures permettent sûrement d'en tirer une étude très intéressante et j'aurais donc bien aimé l'étudier en cours (au lieu de Rousseau, inventeur du premier blog manuscrit et masochiste à temps perdu "Oooh oui! Donne-moi une fessée!"). Bien entendu, la note ne vaut vraiment rien et ne rend pas hommage à l'oeuvre de Tahar Ben Jelloun.

Merci à mon frère

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Publié dans Livres

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N
<br /> j'ai lu cet ouvrage et je trouve que c'est malheureux qu'il existe des gens qui penses comme les hommes primitifs.<br /> <br /> <br />
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M
nta hmar
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A
:) au-delà de son histoire de travestissement, ce livre a de nombreux admirateurs ;). Et je pense à la même personne que toi Mik :p bonne lecture à toi!!! Merci d'avoir laissé un commentaire même si là ne se situait aucunement mon but :o.
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M
Oh ! T'avais raison il a l'air super ! Ton résumé donne envie de le lire ! <br /> Je suis sûre que je vais beaucoup aimer n_n (ça va me rappeler quelqu'un que je connais bien, ah ah ah... mais qui a (un peu) grandi !)<br />  <br /> Merciiiiii ^o^
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A
Ah la la! Dés qu'on mets les mots "fessée" et "masochiste" voilà que la phrase devient plus visible :p! Au moins quelqu'un tombera sur cette note en tapant ces mots sur google xD (bon je l'avoue quand je regarde les mots tapés ca donnait "lesbiennes" "rencontres" :( bah les pauvres quand ils tombaient là...).Rousseau était connu comme le premier à écrire sur sa vie d'après la préface ("je vous défie" hhahaha genre l'entreprise enorme... je dis ca mais tlm doit l'étudier -__-). Rousseau s'aimait pas mal et comme toujours une fille avait le béguin chaque fois qu'il allait quelque part. Mais ce qu'il aimait c'était les "vieilles" hahaha et les "fessées" (aah oui et quand il rebouffe qqch recrachée par la femme qu'il aime aussi xD c'était la mode de l'amour platonnique mais extrême hahaha). Enfin bon, Rousseau on est traumatisé ou non... tu as eu plus de chance apparemment ^^;. Le lire comme ca c'est OK mais l'étudier c'est moins drôle -__-.De Ben Jelloun, j'ignore si je lirai d'autres livres. C'est bien entendu superbement écrit et tout le tintouin mais bon :) on dira que c'est pas mon "genre de prédilection" haha. Quant à la littératire chinoise ca fait soit dénonciation de Mao soit nostalgie de Mao lol. Mais j'en lis trop peu pour pouvoir en parler. De la littérature chinoise je m'intéresse aux histoires d'empire etc avec des complots xD et pas aux récits contemporains. Après c'est compréhensible, le Mao a quand même beaucoup traumatisé...
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