La vie devant soi (Romain Gary)

Madame Rosa est une vieille femme, qui vit au sixième étage d'un immeuble sans ascenseur de Belleville. Madame Rosa était dans sa jeunesse prostituée et s'est naturellement reconvertie en nourrice pour enfants de prostituées. C'est ainsi qu'elle garde Momo, un garçon qui a toujours vécu chez elle, et ce depuis sa tendre enfance, alors que d'autres enfants reçoivent des visites. Madame Rosa et Momo vivent une grande histoire d'amour, l'un ne pouvant pas se passer de l'autre: pour Momo, Madame Rosa représente tout et pour Madame Rosa, Momo a toujours été à ses côtés. Mais cet amour ne pourra pas durer éternellement, les problèmes de santé de Madame Rosa s'aggravant de jour en jour.
Avis : 
La vie devant soi a gagné le prix Goncourt en 1975. Il s'agit d'une oeuvre écrite par Romain Gary sous le pseudonyme Emile Ajar. La vie devant soi est totalement écrit avec des mots d'enfant, ceux de Momo, le narrateur et héros de l'histoire. Le style est donc assez proche d'un Quand j'avais cinq ans, je m'ai tué. Romain Gary emmène son lecteur dans Belleville et il semble que les écrivains puisent une certaine inspiration dans la diversité culturelle de ce quartier parisien, comme en témoigne Daniel Pennac à travers son héros Malaussène (et si vous n'avez jamais goûté, je recommande La petite marchande de prose le meilleur à mon avis ^^).
La vie devant soi est un petit chef-d'oeuvre, une perle, toute courte mais si savoureuse. Cela vient de cette écriture d'enfant, pleine de sincérité, de vérité, de justesse, de franchise, d'innocence, Momo n'en fait jamais trop. On peut également y voir le talent de Romain Gary à réussir à se faire passer pour un petit garçon de dix ans. C'est cette écriture qui donne à Momo ce côté si touchant et émouvant. Momo a dix ans mais supporte déjà beaucoup de choses dans sa vie, sans vraiment s'en rendre compte. Il a un peu grandi tout seul, s'est construit comme il pouvait, Momo c'est déjà un petit homme qui garde tout de même cette part innocente en lui, très mature mais si sensible. Et puis, Romain Gary va jusqu'aux fautes de Français quand il se glisse dans la peau de Momo, des mots comme "proxynètes" ou encore des expressions comme "croyez-en ma longue expérience", "la vie ça ne pardonne pas" que Momo répète après avoir entendu un adulte le dire.
Il y a également les explications de Momo sur de nombreuses choses de la vie qu'il comprend à moitié (le voeu de Momo étant de devenir un jour le proxynète de Madame Rosa et lui offrir ce qu'elle voudrait xD). Momo est un enfant, même héros d'un livre, il a une dimension très forte, il existe, et il est devant nous, racontant son histoire d'amour avec la vieille et fatiguée Madame Rosa, qui se détruit à petit feu. Un livre beaucoup plus profond qu'il ne paraît, côté profond parfois caché par ce ton humoristique et les fautes de Français mais côté profond qui ressort justement à cause de ce narrateur haut comme trois pommes. On n'oublie pas non plus les personnages hauts en couleur qui entourent le couple (Belleville oblige) tels Madame Lola, le travesti au coeur d'or qui aide financièrement Rosa ou encore l'ancien marchand de tapis et le docteur toujours à l'écoute des problèmes de Momo.
La justesse du ton rend ce roman encore plus dur, car tout est vraiment vu à travers les yeux d'un enfant, on y vit une vie: moments de joie, de tristesse, de colère, d'émotion, de jalousie, c'est un roman "coup de poing". Même si la vie n'est pas toujours rose, elle est devant soi, et malgré les coups durs, Momo se montre vraiment très optimiste. Un ton humoristique parfois employé, en contraste avec le drame de la situation. A travers La vie devant soi, Momo nous livre une leçon de sagesse mais aussi une leçon de vie, d'espoir et d'amour. La vie devant soi est une lecture fortement conseillée.