Miso Soup (Murakami Ryû)

Kenji a vingt ans et vit à Tokyo. Il exerce en tant que guide et traducteur pour les touristes venus à Tokyo à la recherche de sexe. Ainsi, Kenji connaît tous les coins louches de Tokyo sur le bout des doigts et a appris à observer les gens. Lorsqu'il rencontre son client américain Frank, Kenji a peur. Il ressent quelque chose d'étrange en lui. Il ressemble à un psychopathe. Pourquoi passe-t-il son temps à mentir? Kenji a de forts soupçons sur Frank: peut-être est-ce lui qui a découpé cette lycéenne dont ils ont parlée aux informations.
Avis : 
Miso Soup est un roman de Ryû Murakami à qui l'on doit déjà l'excellent Les Bébés de la Consigne Automatique et qui a été révélé par Bleu presque transparent au Japon. Ryû Murakami est un écrivain qui porte un regard sombre sur la société du Japon. Son style est reconnaissable: exploration des tréfonds de Tokyo, des héros marginaux, une certaine violence. Quant aux couvertures proposées par les éditions Picquier, elles attisent la curiosité ou inspirent un certain dégoût. Concernant Miso Soup j'ai vraiment eu plein de questions à cause des tétons inexistants de la fille sur la couverture... Les livres de Murakami ne passent pas inaperçus que ce soit le contenu ou le contenant.
Miso Soup est un livre court (environ 230 pages) qui se lit vraiment tout seul (une fois lancée, 3 jours m'ont suffit). En ce qui me concerne, un bon roman pour commencer à lire du Ryû Murakami. La narration est vraiment très fluide et ne souffre d'aucune lourdeur. L'histoire est excellente et entraîne le lecteur au milieu du monde de la prostitution de Tokyo, et on peut dire que les coins sont vraiment nombreux! De la lycéenne à la prostituée professionnelle, ou encore les immigrées chinoises ou sud-américaines. Je ne connais pas le milieu du sexe en France mais je trouve les moyens pour "s'amuser" nombreux à Tokyo comme les boîtes avec une petite fenêtre pour mater un strip tease ou encore se faire faire une branlette, d'autres coins pour discuter et encore d'autres pour baiser (pour reprendre Frank), et il y en a d'autres encore... mais la box à branlette je trouve ça trop bizarre O_o.
Murakami profite de ce milieu du sexe pour nous faire part de son regard sur la société japonaise actuelle. Une société de consommation, complètement matérialiste et gouvernée par le fric mais surtout les marques. Il dépeint un Japon qui ne connaît rien de l'étranger à part justement les marques ou les stars de cinéma. Le monde est tellement gouverné par les marques que les lycéennes se prostituent pour acheter un sac à main Prada, chose que je n'arrive pas vraiment à concevoir. Est-ce si important de porter des marques de luxe (surtout pour des jeunes telles que des lycéennes!)? Et bien il semble que si... ce n'est pas seulement dans les manga que l'on peut voir ça, d'ailleurs il existe un film presque documentaire sur ce phénomène de société, Bounce Ko Gals où des lycéennes commencent en tant qu'hôtesse mais sont vite prises dans l'engrenage de la prostitution. Murakami dépeint aussi une société qui se meurt, une société qui n'a plus de véritable objectif, une société individualiste où personne ne se soucie plus de son voisin. La vision de Murakami est vraiment noire et presque désespérée et Kenji est en colère contre cette société et contre lui-même.
Miso Soup comporte aussi un côté thriller avec les meurtres en filigrane de l'histoire. Ainsi, je pensais que ce serait une histoire policière dans laquelle Kenji traquerait l'assassin. Mais pas du tout... L'histoire est traitée d'une manière plutôt originale et se concentre bien plus sur les personnages et leur vision des choses. Surtout celle de Frank. Je n'en dirai pas plus mais il a une vision du monde très très spéciale. D'ailleurs le personnage de Frank est vraiment unique. Dés le début, il possède une aura bizarre et dangereuse. Tout en lui est bizarre comme ses mensonges et son physique. Un personnage qui attire l'attention, froid comme la glace et vraiment effrayant. Kenji porte une grande réflexion sur la prostitution et la société tout au long de l'ouvrage. On en apprend beaucoup par quelqu'un qui a vu tant de choses et qui est si blasé, fatigué de la vie.
Miso Soup est un ouvrage violent qu'il vaut mieux éviter aux âmes sensibles. Je me souviens encore de cette scène de meurtre dans laquelle l'assassin plonge un doigt dans l'oeil de sa victime en l'enfonçant de toutes ses forces, et de l'orbite oeil sort une substance blanche et rose... Ou encore le moment où il enfonce une oreille dans le vagin d'une fille dont il a tranché la gorge. Bref, c'est vraiment dégueulasse et ceux qui ne supportent pas devraient s'y préparer. En tout cas, on se souvient d'un tel livre lol. L'ouvrage est de toute manière violent dés le départ, les pensées des personnages, le milieu de la prostitution, les meurtres, la vie des personnages. La violence chez Murakami donne une certaine force à la narration de l'histoire.
Au final, Miso Soup est encore un excellent ouvrage de Ryû Murakami. Un livre plus que conseillé surtout pour débuter avec l'auteur et s'habituer à son style. Il n'est pas aussi riche que Les Bébés de la Consigne Automatique mais il est plus court et l'histoire est un peu plus légère. De plus l'écriture est très fluide et le livre se lit très vite. Encore une vision très intéressante et noire de la société japonaise remplie de paradoxes. Murakami est un écrivain intéressant, j'ai hâte de lire ses autres romans (peut-être Lignes ou Kyôko).