Ivre de femmes et de peinture

Titre original: Chihwaseon
Dix-neuvième siècle, dynastie de Chosun en Corée. Jang Seung-Ub, de son nom d'artiste Ohwon (Choi Min-Sik), est considéré comme un prodige de la peinture, sa célébrité s'étalant jusqu'au Japon. Ohwon n'est pourtant pas d'origine noble, comme tous les autres artistes. Enfant, Ohwon était orphelin, vivant de la mendicité. C'est avec ses dessins d'enfant qu'il est découvert par un noble, Kim Byung-moon (Ahn Sung-ki), grâce à qui il apprendra l'art de la peinture, rencontrant même l'occasion de devenir peintre dans la cour de l'Empereur, chose impensable pour un roturier. Mais Ohwon préfère les femmes et l'alcool qui sont ses muses, et par-dessus il cherche à renouveler son art, détestant se répéter.
Avis : 
Chihwaseon ou Ivre de femmes et de peinture est une histoire basée sur la vie (ou les bribes de vie retrouvées) du peintre coréen Ohwon, né en 1843 et disparu en 1897. Ohwon a vécu pendant la dynastie Chosun (1392-1910) qui marque la fin de la Corée avec l'occupation japonaise. Avec Ivre de femmes et de peinture, Im Kwon-Taek remporte le prix de la mise en scène à Cannes (à égalité avec Paul Thomas Anderson pour Punch-drunk love - Ivre d'amour). Ivre de femmes et de peinture est passé sur Arte un mercredi soir en deuxième partie de soirée lors d'un court cycle consacré à Im Kwon-Taek. On pouvait y voir du même réalisateur Le chant de la fidèle Chun-Hyang une semaine avant. J'aime regarder les films asiatiques de Arte, on a souvent droit à des surprises et surtout, à des films que je n'aurais jamais découvert par moi-même (Song of the exile, Summer snow, Floating life, Salé sucré, Un été à toute épreuve, De l'eau tiède sous un pont rouge, Le dernier témoin, M/Other ...). Ivre de femmes et de peinture, basé sur la vie d'un peintre coréen, ne m'aurait sûrement pas intéressée soit en video, soit au cinéma. Et puis, il y avait ce génial acteur, Choi Min-Sik (le héros de Oldboy).
La réalisation est vraiment époustouflante, chaque paysage est filmé de manière à ce que le public puisse l'admirer tant c'est beau. La beauté de la nature, des fleurs (symbole érotique d'après certains) surtout, est bien rendue. Bref, voilà un film somptueux, avec des couleurs vives à foison et des décors pleins de charmes. On se retrouve aussi complètement dépaysé dans une Corée du XIXè siècle et des costumes traditionels coréens à la mode féminine, aux couleurs si vives et ce petit charme "bouffant". La beauté de l'art, la beauté de la femme, la vie, tout y est capturé par la caméra et rendu au spectateur. Bref, on s'en prend plein les yeux.
Choi Min-Sik s'empare de son personnage de peintre passionné, d'un homme qui ne vit que pour son art. Un homme qui croque la vie à pleines dents, qui aime les plaisirs de la chair et ceux de l'alcool, mais par-dessus qui aime la peinture. L'acteur est excellent, ses expressions, sa bestialité avec les femmes, ses colères, ses manques d'inspiration, ses souffrances, tout y est. Choi Min-Sik est vraiment un acteur génial qui me donne l'impression qu'il peut endosser toute sorte de rôles.
Malgré sa complexité, je n'aime pas le personnage d'Ohwon. J'ai souvent eu du mal à aimer les artistes rongés par leur art, ces artistes qui se servent des femmes (souvent des courtisanes ici) comme de muses et qui vivent à leur crochet, les jetant dés que celles-ci ne les inspirent plus, ces artistes portés sur l'alcool, bref, ces hommes égoїstes et salauds. On a ici un rapport charnel avec la peinture, c'est un film très sensuel, parfois cru (lorsqu'on le tire de sa tente pendant l'acte sexuel et qu'il est sur le point de jouir, on voit sa semence à terre). En même temps, Ohwon incarne pour moi une sorte d'essence de la vie, cet homme rongé par son art mais qui suit aussi ses envies et ses pulsions est profondément humain.
Film plus culturel, sensuel et beau que divertissant, bien évidemment. Ce film, malgré toutes ses qualités, ne m'a pas du tout emballée. Je ne suis pas gênée du fait qu'il ne soit pas divertissant mais plutôt par ce mélange entre peinture et plaisir charnel, le personnage d'Ohwon qui finalement ne me plaît pas, et puis je me suis parfois ennuyée. Ivre de femmes et de peinture vaut le détour pour ses qualités et je le conseille bien que je n'aime pas du tout. Mon pére a été très impressionné par Choi Min-Sik. [NB: cette note aurait dû paraître après Angel Eyes.]