Le Cheminot (Asada Jirô)

Publié le par a-yin

Le Cheminot est un recueil de deux nouvelles.

Le Cheminot
A Hokkaïdo, une petite ligne de chemin de fer va bientôt fermer pour une autre plus rapide. Pour fêter le nouvel an, Senji, cheminot, va rendre visite à Otomatsu, chef de gare de Biyoro, collègue et ami, en empruntant la dernière fois cette ligne. Les deux sont bientôt à la retraite et évoquent leurs souvenirs de jeunesse face au KH12, ce train qui va bientôt être remplacé alors qu'ils l'avaient vu arriver flambant neuf. Ainsi, au fil des discussions, on apprend comment, en se dévouant au métier de cheminot, Otomatsu a perdu sa fille et sa femme. La nuit, Otomatsu va faire une rencontre étrange : une jeune fille fort jolie et très mystérieuse viendra discuter avec lui... elle lui fait penser à ce que deviendrait Yukiko, sa fille qui est morte bébé... mais qui est-elle vraiment? Car Otomatsu connaît tous les enfants des environs.

La Lettre d'Amour
Goro, la quarantaine, vends des cassettes de films pornographiques à Shinjuku. Il vient de sortir de prison et aussitôt, on lui apprend la mort de sa femme... Quelle femme? Ah oui c'est vrai, celle avec qui il s'est marié pour 500 000 Yen. Pai-Ran, tel est son nom. Au Japon il n'est pas obligé de faire acte de présence pour se marier : il suffit de remplir des papiers. Aussi, Pai-Ran, immigrée chinoise n'ayant pas de papiers, se marie avec Goro afin de trouver un emploi. Mais elle s'est endettée et doit tout rembourser en se prostituant. C'est de maladie qu'elle meurt. Goro n'a jamais connu cette femme. Avec son ami Satoshi, caïd qui l'a entraîné dans cette histoire de mariage, il se rend à Chikura où il participe aux obsèques de Pai-Ran. Dans le train, Goro fait plus ample connaissance avec sa défunte épouse : il lit une lettre d'amour de Pai-Ran qui lui est adressée et dans laquelle elle le remercie de tout coeur, et découvre pour la première fois sa photo... Pai-Ran est une femme magnifique. Goro commence alors à tomber amoureux de sa femme et se sent responsable de sa mort; Goro commence à réfléchir et à se remettre en question.

Avis :

Ce recueil de nouvelles a eu beaucoup de succès au Japon, et c'est grâce à lui que Jiro Asada s'est rendu célèbre. Le Cheminot a eu droit à une adaptation en manga reprenant tout le recueil (adaptation très bonne paraît-il et reprenant très fidèlement le livre, les dessins ressemblent un peu à du Tsukasa Hojo), et la nouvelle La Lettre d'Amour a été adapté au cinéma sous le titre de Failan, un film coréen dans lequel Cecilia Cheung joue Pai-Ran et qui est passé en France il y a deux ans.

Le Cheminot propose deux nouvelles très mélancoliques et très tristes, ayant pour message la mort mais aussi l'avenir. On ressent à la lecture la mélancolie et la tristesse dans laquelle baignent les deux récits, l'écriture est très simple mais exprime bien ce que l'auteur veut nous faire passer. Par exemple, dans la nouvelle Le Cheminot, lorsque Jiro Asada parle des trains et des montagnes, j'ai l'impression de les voir.

L'atmosphère des deux récits est très lente, tout est là pour qu'on ressente des émotions, mais surtout la mélancolie. Pour ma part, j'ai préféré la nouvelle La Lettre d'Amour dont j'avais vu l'adaptation au cinéma. L'histoire m'a plus touchée que celle de Le Cheminot qui concernait des hommes à la retraite, mélancoliques sur une ligne de train qui va disparaître; La Lettre d'Amour dont le thème est la mort mais aussi le repentir d'un homme qui tombe amoureux d'une totale inconnu, m'est plus sensible. Puis on a aussi le thème du commerce humain, Pai-Ran est loin d'avoir une vie facile. Le Cheminot est un recueil à lire : c'est très court (130 pages) et intense, à réserver aux amateurs de belles histoires tristes.

C'est ma mauvaise mémoire ou bien le film Failan est beaucoup plus soft que le recueil et le manga? Car dans ces deux supports, on sait que Pai-Ran se prostitue mais dans le film, j'ai l'impression que Failan ne fait que le ménage. De plus, dans le film, si je me souviens bien, Failan quitte la Chine car tous les membres de sa famille sont morts; mais dans le livre, j'ai compris qu'elle envoyait de l'argent pour sa famille restée en Chine. Et les fins aussi sont différentes...

Publicité

Publié dans Livres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Pour continuer dans les manga et  la littérature, j'ai pu lire de Ikegami Nouvelles de Littérature Japonaise qui rassemble plusieurs nouvelles se déroulant dans l'ère Taisho, début du vingtième siècle quoi. Les dessins d'Ikegami sont très beaux et le côté figé va très bien avec le contexte. Les deux premières nouvelles nous montrent une facette de la noirceur humaine et  c'est ce qui m'a le plus plu. C'est aussi ce que j'aime le plus dans les nouvelles japonaises, enfin le peu que j'ai pu en lire étant celles de Ranpo Edogawa qui montrent cette noirceur de main de maître. D'ailleurs, c'est la nouvelle adaptée d'un Edogawa que j'ai préférée, si vraie et si cruelle! La première est cruelle mais je me sens moins connectée tant le côté fantastique est là. La dernière avec le faucon est celle qui m'a aussi le moins touché par son côté fantastique. Enfin bref, ce recueil donnera sûrement envie de découvrir la littérature japonaise, c'est une oeuvre intéressante :) même si elle semble plutôt dispensable à la lecture, alors que peu de défaut sont là. Mais bon, c'est aussi le principe de la nouvelle, la chute connue, c'est plus la même chose :o.
Répondre
A
Je viens enfin de lire la fameuse adaptation manga. Que dire à part que c'est fichtrement réussi. je trouve que l'émotion est plus présente grâce aux dessins réalistes, sobres, fins et si beaux de Nagayasu. Ca ressemble en effet à du Hojo et du Taniguchi en plus réussi, avec bien plus d'émotion et de douceur. Pour ceux qui ont aimé les nouvelles de Asada, ce manga es tout à fait conseillé. On tire bien sûr sur la corde sensible mais on aime ou non les belles histoires. C'est triste et beau, les coeurs d'artichaut craqueront. L'édition est surprenante quand on sait ce que fait Génération Comics maintenant, papier, impression et textes.
Répondre