L'Echiquier du Mal (Dan Simmons)

Il existe dans notre monde des êtres doués du Talent, un pouvoir qui leur permet de contrôler les êtres humains. Aussi appelés vampires psychiques, ces êtres ne différencient pas le bien du mal. Notre monde n'est pour eux qu'un échiquier géant sur lequel se joue le destin de la planète et dont les pions sont des êtres humains.
Plusieurs meurtres ont lieu dans la petite ville de Charleston dans le Sud des Etats-Unis. Parmi les victimes, on y trouve le père de Natalie Preston, une jeune femme noire de vingt et un ans. Le shérif Bob Gentry enquête sur ces meurtres mais ne trouve aucune explication rationnelle. Quant au docteur Saul Laski, il s'agit du psychiatre d'une victime.
Depuis le jour où un Oberst a utilisé son Talent sur Saul Laski dans un camp de concentration, Saul vit dans l'obsession de retrouver ce vampire psychique. Natalie Preston est motivée par la vengeance de sa seule famille. Quant à Bob Gentry, il se heurte au FBI qui a l'air de lui cacher des informations. Les trois personnes s'unissent et décident de faire échouer les projets des vampires psychiques.
Avis : 
Avant Hypérion, Dan Simmons a écrit le best-seller L'échiquier du mal. Je connaissais L'échiquier du mal par sa très bonne réputation mais c'est surtout le manga Eternal Sabbath de Fuyumi Soryo qui m'a poussée à lire l'oeuvre de Dan Simmons. En effet, Glénat a insisté sur les influences de L'échiquier du mal sur Eternal Sabbath pour faire la promotion du manga, notamment le contrôle des êtres humains.
Aux premiers abords, la réputation de L'Echiquier du Mal est justifiée. L'histoire est captivante et les personnages très bien construits. De plus, la narration est menée de manière efficace et tient le lecteur en haleine devant le mystère de ces vampires psychiques. L'introduction est très réussie et permet au lecteur de se glisser dans la peau des personnages principaux grâce aux différents points de vue. Ainsi, on partage les pensées d'un obsessionnel traumatisé par l'Holocauste (Saul Laski), une jeune femme intelligente de son temps (Natalie Preston), un producteur lâche et verreux très porté sur le sexe (Tony Harod), une vieille peau complètement raciste (Melanie Fuller). Ce procédé les rend très humains soit attachants soit détestables. Durant toute la première partie, les événements s'enchaînent et les héros se rencontrent. Le meilleur moment reste sans doute le récit de la jeunesse de Saul où l'horreur et l'ambiance oppressante atteignent leur appogée. Mon seul reproche va au style d'écriture que je trouve très creux, donnant au livre un côté très TVfilm (mais peut-être est-ce dû à la traduction).
Hélas, la suite n'est pas du même accabit avec des longueurs qui s'installent (le roman aurait pu être amputé de 200 pages). On a droit à des scènes d'action plutôt lourdes englobant comme au cinéma courses-poursuites, car crash, et explosions, sans oublier un gang afro-américains dans une grande ville. Le style d'écriture creux se montre handicapant car pas assez dynamique. Enfin, la dernière partie donne au titre tout son sens avec la partie d'échecs. Seulement, l'ouvrage a déjà perdu son éclat et l'enthousiasme s'estompe. Dommage car L'échiquier du mal dispose d'une intrigue vraiment prenante et intéressante. Le dénouement ne m'a pas vraiment satisfaite, un peu trop expéditif et privilégiant l'action (les moments de tension ne sont pas très nombreux, seule la partie d'échecs m'a tenue en haleine) sans oublier un épilogue très cliché rappelant les films d'horreur (avec une Melanie Fuller toujours en vie...). En revanche, les personnages se révèlent fidèles à eux-mêmes en l'occurrence Tony Harod (qui reste détestable, lâche et méprisable jusqu'à la fin. Il laisse mourir celle qu'il aime pour conserver sa propre vie et supplie qu'on sauve sa vie ensuite pour quitter l'île).
Après un début excellent, L'échiquier du mal ne retrouve plus la même saveur. Dommage, l'action est privilégiée en dépit d'une confrontation plus psychologique et vicieuse. Néanmoins, les personnages ne déçoivent pas et le mélange des genres est plutôt bien assuré. On retrouve donc de la science fiction, du fantastique, du thriller, de l'horreur et de l'espionnage. L'échiquier du mal est une oeuvre ambitieuse, peut-être un peu trop. Enfin, il s'agit d'une bonne lecture, intéressante et plutôt accrocheuse à condition de ne pas connaître sa réputation.
Merci à Zushi