Floating Life

1997 arrive à grands pas à Hong Kong. C'est bientôt la rétrocession à la Chine et certains habitants de l'ex-colonie ont peur du régime communiste. Ceux-ci émigrent alors, souvent en Australie. C'est le cas de la famille Chan qui va s'installer chez Bing (Annie Yip), la fille cadette. Le fils aîné, Gar-Ming (Anthony Wong), reste à Hong Kong pour régler des problèmes de papier. Ainsi, Madame Chan (Cecilia Fong), Monsieur Chan (Edwin Pang) et leurs fils (Toby Wong et Toby Chan) débarquent au pays des kangourous.
Ceux-ci découvrent un mode de vie complètement différent de celui de Hong Kong: espaces verts à perte de vue et attente longue d'un bus pour se rendre en ville, ce qui est à l'opposé de Hong Kong où tout se trouve à deux pas de chez soi et où la vie défile à une vitesse affollante. Alors que les deux garçons s'y habituent vite, les parents n'y parviennent pas, sans parler de Bing qui leur réserve un accueil glacial.
Quant à la fille aînée, Yen (Annette Shun), elle vit en Allemagne, mariée avec un Allemand. Sa fille refuse de parler Cantonais et préfère l'Allemand. Elle vit une crise conjugale avec un mari qui ne comprend pas la culture chinoise. L'emplacement du chambre de leur fille ne convenant pas au feng shui provoque la goutte d'eau qui fait déborder le vase et Yen décide de venir en Australie.
Gar-Ming, resté à Hong Kong vit une idylle avec une certaine Apple, une Chinoise qui a grandi au Canada. Adoptant un comportement dévergondé, celle-ci l'entraîne dans des jeux malsains qui conduiront à un certain traumatisme dans la vie de Gar-Ming (l'avortement), ce qui le décide à rejoindre sa famille.
Avis : 
Floating Life est un film australien réalisé en 1996 par une Hongkongaise, Clara Law. Notons qu'il s'agit du premier film australien dont la langue principale est le Cantonais. Ce film est passé il y a quelques années sur Arte, à l'époque où je ne tenais pas encore de blog. Floating Life n'étant pas très célèbre et une rediffusion ne risquant pas de voir le jour, je vais tout de même en parler en rassemblant des vagues souvenirs complétés par une recherche sur Google. Je ne connais aucun film de Clara Law mais celle-ci a déjà une carrière à Hong Kong. Clara Law a décidé de ne prendre que des acteurs inconnus à l'époque, Anthony Wong (pas celui de Infernal Affairs je précise xD) a depuis tourné dans Matrix Revolution. Commentaire à part, je trouve qu'il a parfois des airs de Leon Lai.
Floating Life est un film qui s'adresse avant tout à la diaspora chinoise et peut-être certaines personnes qui auront zappé sur Arte ce soir-là ont trouvé ce film totalement ennuyant, ce que je peux comprendre. Clara Law a réussi à retranscrire le sentiment qui anime le coeur de tout immigré chinois. Ce n'est donc pas étonnant si mes parents, par exemple, ce sont totalement reconnus dans ce film. Il est très difficile d'imaginer pour une personne qui a ses racines en France, par exemple, le sentiment de ne plus être chez soi. Le sentiment est très bien mis en avant lorsque la famille Chan regarde autour de leur nouvelle maison et n'aperçoit rien d'autre que des espaces verts à pertes de vue, là où on aurait vu des tours ou une foule de personne à Hong Kong. Une réaction qui peut paraître ridicule mais il faut avant tout savoir que Hong Kong grouille de monde et que le calme ne fait vraiment pas partie de la société, contrairement aux Occidentaux (allez voir si on n'entend plus aucun bruit de voisins à Hong Kong après 22h!!!). De même, l'isolement nous est montré par l'attente du bus de Monsieur et Madame Chan: on a l'impression qu'ils en ont pour la journée. On voit également quelques scènes en Allemagne où quand Yen va faire ses courses, elle doit prendre la voiture et on la voit prendre un caddie mais il n'y a vraiment pas foule.
On parle également de la difficulté de se sentir bien tout en gardant ses racines. Ce mal-être est surtout vécu par Yen, mariée à un Allemand. Il est assez dur de garder sa culture dans une telle condition, surtout que son mari ne veut rien savoir du feng shui et fait peu d'effort pour s'ouvrir à la culture chinoise. Cette perte de culture s'avère douloureuse pour Yen qui finit par craquer et appeler sa famille. Mais là aussi la difficulté s'impose car la distance et le décalage horaire sont des barrières, la solitude se fait donc ressentir. De plus, on perd aussi la langue malgré tout car on ne la pratique pas avec des Chinois. Yen, si je me souviens bien; a un accent dans le film et je pense que c'est dû au fait que la seule personne avec qui elle parle Cantonais est sa fille, qui refuse cette langue (quelque chose que je comprends vu que son père lui parle déjà Allemand). Yen est un personnage intéressant car contrairement à d'autres Chinois, elle est venue toute seule en Allemagne où elle n'a donc aucune famille, aucun point d'attache d'où une grande souffrance et surtout solitude (ma mère, même si je ne suis pas Eurasienne, fait partie de ce cas de figure, ce qui explique que je n'ai aucun cousin en France). Yen a également un problème d'identité: elle ne sait plus si elle est Allemande ou Chinoise, et je pense que c'est une réflexion que l'on finit par se faire lorsque l'on reste longtemps dans un pays (et surtout dans son cas, elle ne vit pas dans un Chinatown et n'a pas de famille avec elle).
Les personnages principaux sont tous très fouillés et attachants, notamment Bing, très complexe et limite paranoïaque mais tout nous est expliqué par le flashback vers la fin du film. On comprend enfin pourquoi elle est si sévère, traumatisée par ses premières expériences à l'étranger, toute seule. Une femme qui a dû se battre pour s'en sortir. La mère est également un personnage très intéressant et émouvant, en particulier à la toute fin du film quand elle s'adresse à ses ancêtres. On peut voir Gar-Ming comme un débauché mais finalement, lui aussi finit par comprendre combien la famille est importante et devient enfin attachant lorsqu'il vit cette expérience traumatisante. Le père est souvent drôle, notamment quand il veut montrer la boxe chinoise à un kangourou mais on voit également son malaise lorsqu'il arrive enfin à voir un ami et lui offre du thé.
La réalisation est un modèle de sobriété. Les scènes parlent d'elles-mêmes et sont extrêmement touchantes, mêlant tendresse, tristesse, nostalgie. Tout y est juste dans Floating Life et même la scène très émouvante de la fin ne vire pas au mélodrame. Les acteurs, bien qu'inconnus, fournissent un travail plus que fructueux, avec en premier lieu Cecilia Fong qui incarne Madame Chan. Un jeu en toute finesse avec beaucoup de naturel, sans jamais en faire trop. Malgré cette tristesse, n'oublions pas que Floating Life est doté d'une fin positive (avec Bing qui accepte enfin de sortir de chez elle avec sa mère) et on en ressort donc avec un sentiment étrange, amère.
Floating Life est un film pour la diaspora chinoise avant tout mais aussi pour tous ceux qui ne se sentent pas chez eux. Un beau film avec une réalisation sobre, de très bons comédiens et également une identification évidente pour la diaspora chinoise. Floating Life sera tout de même dénué d'intérêt pour certains. Je ne regrette pas d'avoir vu ce film deux fois (lors de la rediffusion) et je voulais vraiment en parler ici, avant de l'oublier. Je voulais également signaler que, bien que ce film soit australien, son sujet, ses acteurs et sa réalisatrice me poussent à le classer dans la catégorie "Ciné Asie".
Une pensée à mes parents, ainsi qu'à Ada, Bella et leur famille, qui ont quitté HK pour Melbourne