Conan, le fils du futur

En 2008, l'humanité est déchirée par une guerre nucléaire et la Terre est presque détruite. Peu de personnes survivent, l'humanité est presque décimée et une bonne partie de la planète est immergée.
On se retrouve vingt ans plus tard sur une île perdue où habitent Conan, garçon d'une dizaine d'années possédant une force hors du commun, et son grand-père adoptif. Leur vie tranquille est chamboulée le jour où échoue une jeune fille inconsciente sur la plage. Conan et son grand-père s'occupent d'elle et apprennent qu'elle s'appelle Lana. Aussitôt, l'île est menacée par trois personnages dont une certaine Monsry, qui viennent récupérer Lana.
Cette dernière est poursuivie pour être la petite fille du professeur Raho, éminent scientifique qui est le seul à connaître le moyen d'obtenir une énergie très puissante pour la ville d'Industria. Et c'est un certain Lepka, personnage détestable, qui veut se servir de cette énergie. Lana est capturée et après le décès de son grand-père, Conan poursuit les malfaiteurs pour sauver la jeune fille.
Conan s'engage alors dans une grande aventure dont l'issue n'est autre que la survie de l'humanité. Il rencontrera alors Gimsy, un garçon du même âge à la force physique impressionnante, ainsi que l'équipage du capitaine Dice.
Avis : 
Si on parle souvent de Nadia le secret de l'eau bleue ou Les mystérieuses cités d'or en grands classiques de l'animation d'aventure pour la jeunesse, on oublie souvent Conan, le fils du futur pourtant considérée comme une oeuvre majeure au Japon. D'autant plus qu'il s'agit du premier travail de réalisation d'un certain Hayao Miyazaki dont le génie est aujourd'hui reconnu aussi bien au niveau critique que public dans l'Hexagone. Conan, le fils du futur (Mirai shônen Conan au Japon et Future Boy Conan aux Etats-Unis) est une série animée de 26 épisodes réalisée en 1978 pour la Nippon Animation, un studio spécialisé dans l'adaptation de classiques de la littérature de jeunesse. Conan, le fils du futur ne déroge pas à la règle puisque la série est l'adaptation libre du roman américain The Incredible Tide de Alexandre Key. En France, Conan, le fils du futur est diffusé sur France 3 en 1988 et passe malheureusement inaperçu face aux concurrents de l'époque que sont TF1 et La Cinq. En revanche, la série reçoit un accueil plus que chaleureux en Italie et au Portugal où elle est considérée comme culte. Enfin, il existe deux films (1980 et 1981) issus de cette série et ils se révèlent apparemment dispensables puisqu'il s'agit de la série condensée. Le premier film est réalisé par Miyazaki mais ce dernier refuse de le reconnaître comme étant sa création. Je me suis intéressée à Conan, le fils du futur pour une raison quelque peu stupide: on retrouve le prénom Conan dans le titre et j'étais alors une grande fan de Détective Conan. Et quand j'ai su que Miyazaki en était le réalisateur, j'ai voulu en savoir plus, surtout que ma connaissance des vieux anime est assez minime.
Conan, le fils du futur est une série d'aventure comme on n'en fait plus aujourd'hui. Elle satisfera les grands fans de séries telles Nadia le secret de l'eau bleue ou encore Les mystérieuses cités d'or où on trouve des éléments semblables: une trame accrocheuse et simple aux premiers abords, des enfants orphelins en héros de l'histoire promis à un destin hors du commun puis un duo inséparable formé par une fille et un garçon qui deviennent complices dés leur première rencontre, la fille souvent poursuivie pour ce qu'elle possède avec le garçon qui lui porte secours. Dans ce schéma avec des enfants au destin incroyable se trouve aussi Laputa (Le chateau dans le ciel en France), le premier film de Miyazaki au studio Ghibli. D'ailleurs, il y a une sacrée parenté entre les deux oeuvres, Conan, le fils du futur étant considéré comme une sorte d'avant-Laputa. De même on peut y voir une parenté entre Nadia le secret de l'eau bleue et Laputa avec des éléments tels le duo fille-garçon, le pendentif bleu et puis le secret d'une civilisation jadis prestigieuse qui a disparu. Pour le côté pendentif et civilisation on peut y voir aussi Les mystérieuses cités d'or. Mais surtout, Nadia le secret de l'eau bleue a une lointaine connexion avec Miyazaki puisqu'il a écrit un script pour la Toho au début des années 70 que le studio a finalement utilisé au début des années 90 avec Hideaki Anno, en ajoutant des éléments donnant Nadia le secret de l'eau bleue.
Comme toute bonne série d'aventure jeunesse, Conan, le fils du futur comporte une sa dose d'action, des voyages (bateau, machines volantes et désert), des courses poursuites, des sauvetages, des machines, de la ruse, des personnages attachants, l'apprentissage de la vie, des valeurs telles que l'amitié, le courage, le pacifisme et une histoire prenante. Si les premiers épisodes installent le départ de Conan vers la découverte du monde extérieur et prennent donc un certain temps, la suite se déroule de manière bien plus dynamique. Le début fait beaucoup penser à Dragon Ball: Conan habite avec son grand-père adoptif et ne connaît rien d'autre que son île déserte, Lana est la première fille (et premier être humain extérieur de l'île) qu'il rencontre, il est doté d'une force surhumaine et comme au début de Dragon Ball, va pêcher un poisson énorme au petit matin, muni d'un simple harpon. Je dis comme dans Dragon Ball mais n'oublions pas que les aventures de Son Goku dans le Weekly Shônen Jump ne débutent qu'en 1984, soit six ans après la création de Conan, le fils du futur. Le début n'est pas intéressant en soi mais il est nécessaire pour expliquer le départ de Conan, il faut que le héros s'affranchisse en quelque sorte de l'autorité parentale afin de poursuivre sa quête, de grandir. On a d'ailleurs un début similaire dans Les mystérieuses cités d'or avec un Esteban qui embarque sur le navire de Mendoza après le décès de l'icône parentale. Et pour finir sur le personnage de Conan, l'utilisation qu'il arrive à faire de ses doigts de pieds me surprendra toujours.
Les premiers épisodes ont un ton plus naif, avec des enfants gentils, des adultes méchants et puis des rencontres. La première est celle de Lana pour qui Conan a le coup de foudre. L'autre rencontre majeure est bien sûr celle entre Conan et Gimsy, ce petit homme sauvage qui vit seul dans une forêt d'une grande île. Gimsy m'a fait penser à Tao (ou plutôt ça aurait dû être le contraire) dans Les mystérieuses cités d'or, il a vécu seul pendant longtemps et a développé ses propres habitudes (les grenouilles grillées qu'il est le seul à apprécier xD). Et lorsque Gimsy se retrouve avec Conan et Lana, on a parfois l'impression qu'il est de trop, le duo Conan-Lana ayant une relation très forte, un peu comme Tao en présence d'Esteban et Zia. C'est le troisième personnage mais il a une importance capitale: Gimsy est le premier ami (rival aussi) de Conan, le premier être humain du même sexe et du même âge que rencontre le héros. Enfin, Gimsy constitue un personnage plus important que Tao aux yeux du public car il est vraiment très apprécié (souvent cité comme étant le préféré dans la série) et cela grâce à son côté bon vivant (nommer un porcelet "délicieux" faut le faire xD), c'est vraiment LE bon copain dans toute sa splendeur, parfois gaffeur et allant jusqu'à se faire griller en pleine mission après avoir senti l'odeur d'un bon plat (en se saoûlant par la même occasion). La rencontre entre les deux garçons constitue un épisode très drôle partagé entre compétition (première fois que Conan rencontre quelqu'un d'aussi fort que lui :o), amitié et rigolades, un épisode naif où on voit souvent les personnages rire de bon coeur.
Une bonne dizaine d'épisodes se consacre au sauvetage de Lana, avec un Conan aidé de Gimsy et du capitaine Dice. Conan a pour adversaire la redoutable Monsry et le cruel Lepka. Beaucoup d'action au programme, un rythme assez trépidant et surtout, une fin qui donne toujours envie de voir l'épisode suivant. Conan utilise la force mais aussi la ruse avec ses compagnons, des plans sont élaborés afin de libérer Lana, personne ne fonce tête baissée dans l'action. Durant cette partie, on voyage beaucoup en bateau et on fait connaissance du capitaine Dice, un adulte cupide mais lâche sur lequel il est dur de compter, laissant facilement tomber un enfant comme Conan aux mains des ennemis uniquement par intérêt personnel (et puis il semble avoir des "vues" sur Lana O_O). Malgré tout, on ne peut s'empêcher d'éprouver une once de sympathie pour ce bonhomme qui n'a pas un mauvais fond mais qui manque de courage. Ces épisodes restent encore adressés à un public jeune, même si on entrevoit déjà une histoire qui se révélera passionnante par la suite. C'est surtout l'occasion pour Conan de découvrir ce qu'est le monde, de voir que les gens peuvent parfois se révéler peu scrupuleux et aussi, de comprendre le fonctionnement de la société: on n'aide jamais quelqu'un gratuitement et il faut en échange de son voyage sur le navire travailler pour le capitaine Dice.
Vient ensuite la partie plus paisible sur Edenia, où Conan et Lana sont enfin réunis avec Gimsy et surtout le professeur Raho. C'est la partie portant une grande valeur éducative, avec un Conan qui découvre la vie en communauté avec les humains et surtout l'importance du travail, comment s'intégrer en société. On voit Conan et Gimsy qui mûrissent et qui nourrissent enfin une ambition, désirant économiser afin de construire leur propre maison. Avec le nom de l'île, on peut supposer qu'il s'agit d'un idéal de vie pour Miyazaki. La nature est verdoyante, les paysages sont beaux, les habitants sont souriants et font preuve d'humanité et de solidarité et surtout, la vie est simple. Simple, paisible et saine car le matérialisme et l'ambition ne rongent pas les gens du village. Edenia est l'opposé d'Industria, île où le gris et le métal (avec la tour en triangle) font ressortir le côté morne et froid de la ville, les habitants sont divisés en catégories sociales (les classes de citoyen), on a des ambitieux et des esclaves soit ceux qui ont troqué leur humanité contre l'ambition et ceux qui l'ont perdue à force d'enfermement, de torture et de fatigue (mais les esclaves restent très solidaires cependant) mais on suppose aussi par la qualité de l'air respiré. Industria la triste, cruelle, froide et polluée, Edénia la joyeuse, chaleureuse et verdoyante. D'ailleurs, Conan trouve Industria laide au moment où il s'approche de ses côtes. Miyazaki semble aimer la vie à la campagne (et semble aimer la campagne au style européen).
Ces épisodes sur Edenia semblent constituer un calme avant la tempête. La dernière partie dévoile enfin les véritables intentions de Lepka. Jusqu'ici, on savait que Lepka convoitait la science de Raho pour fournir de l'énergie à Industria mais on ignorait la véritable raison. Ces derniers épisodes sont passionants et renvoient donc au début de chaque générique racontant comment l'Homme, avec sa guerre nucléaire débile, a fait sombrer toute l'humanité (atmosphère très noire à ces intro de générique d'ailleurs, où on peut y voir un traumatisme des bombardements sur le Japon...). D'ailleurs, il y a ce côté lendemain de guerre avec beaucoup d'orphelins (Conan, Lana, Monsry, Gimsy) qui ne font pas confiance aux adultes. On y voit en effet quelques éléments du passé, d'une civilisation avancée avant la guerre. On retrouve légèrement cet univers de civilisation qui doit repartir sur une terre détruite par une civilisation à la technologie avancée dans Nausicaä de la Vallée du Vent. C'est donc l'occasion pour Miyazaki de mener une réflexion sur la nature de la science qui peut se révéler dangereuse si elle est placée entre de mauvaises mains, en l'occurrence celles de Lepka. On voit aussi un autre thème que reprendra Miyazaki plus tard dans ses films, celui de l'importance de la nature et comment les humains peuvent se détruire en négligeant l'environnement (le grand raz-de-marée dans Conan, le fils du futur, les omu dans Nausicaä, les animaux de la forêt dans Princesse Mononoke).
Les éléments de Conan, le fils du futur sont nombreux dans Laputa avec le duo de héros, Shita qui n'est autre que Lana, Muska qui correspond à Lepka n'hésitant pas à sacrifier l'humanité pour satisfaire ses propres ambitions. L'aventure, l'énergie, l'histoire de ces deux oeuvres sont assez similaires avec des orphelins qui se rencontrent, poursuivis par un homme désireux de pouvoir, pour la détention d'un savoir. Miyazaki pose aussi la question de l'ambition qui finalement n'est pas une chose sur laquelle il faut compter, avec le personnage de Rahoul. Et puis il y a ce thème récurrent de l'enfant pur, l'homme étant intrinsèquement bon du moment qu'il n'est pas perverti par la société. Ainsi, Miyazaki croit en l'homme avec un Dice qui s'améliore sur la fin et une Monsry qui finit par se montrer plus attachante, des adultes cupides qui ont changé, qui sont devenus cupides à cause des circonstances de la vie mais qui ont pu se montrer sous un jour meilleur. Et chose qu'on retrouve aussi dans Nausicaä de la Vallée du Vent, c'est le pacifisme, l'idée que la guerre est vaine, ne faisant finalement que détruire sans rien régler. Le personnage de Lana est pacifique aussi et communique avec les animaux. En parlant de communication, elle a des pouvoirs télépathiques comme le professeur Raho.
Miyazaki impose avec Conan, le fils du futur sa marque dans l'animation japonaise, un style unique qu'il reprendra alors dans ses films ainsi que des thèmes chers à son coeur. Déjà dans Conan, le fils du futur, on peut y voir le goût prononcé de Miyazaki pour le vol, son goût pour imaginer des machines (la machine volante de Raho ou bien le robot de Dice), son amour pour les courses-poursuites à angles de vue dynamiques (le sentiment de mouvement est bien là), les enfants purs et innocents, une relation forte et pure entre une fille et un garçon (histoire d'amour platonique où jamais on a déclaration), l'importance d'une nature belle et verdoyante, l'humain qui détruit la nature ainsi qu'un message de paix. On y voit aussi des personnages féminins possédant une certaine force de caractère alors que les héroines sont plus souvent des potiches qu'autre chose. Monsry est un exemple, elle commande de nombreux hommes. Lana, même si elle pleurniche assez souvent (la tête dans les bras comme dans les vieux dessins animés à la Princesse Sarah, attitude assez révolue dans les nouveaux anime LOL), fait quand même preuve d'une grande volonté et combat de manière pacifique. Elle n'a pas peur de la menace et possède une certaine tenacité devant Lepka, elle ne cède pas même si sa vie est en danger: elle reste fidèle à ses principes. Elle ne fait pas qu'attendre Conan, même s'il lui sauve souvent la vie, elle tente parfois de l'aider malgré sa fragilité physique. Enfin, je trouve Dice, Conan et Gimsy moins "miyazakiens" en tant que personnages, Conan s'apparentant quand même pas mal au héros de shônen lambda (même si Miyazaki s'est inspiré de son fils), toujours à "gueuler" le nom de Lana.
L'animation est impressionnante pour l'époque et surtout, ne pas se fier à la date: la série reste agréablement bien animée même si elle a presque 30 ans! Les scènes d'actions sont nombreuses et le vieillissement n'agit pas: c'est toujours aussi dynamique, même si les mouvements sont parfois saccadés. Les derniers épisodes sont assez impressionnants avec l'apparition du Giganto. Pour la même année, on peut comparer avec un Albator que je trouve largement plus "immobile", moins vif. Conan, le fils du futur ressemble bien plus à un anime des années 80, il ne fait pas son âge. Quant aux musiques, elles gardent un charme largement vieillot pour les moments tristes (on n'en fait plus des thèmes aussi mélancoliques) en l'occurrence quand Lana pleure son Conan absent de ses côtés. Les musiques joyeuses ne manquent pas, et les musiques vives rythment superbement l'action. La bande son est donc très soignée et participe largement au charme de la série. Avec Conan, le fils du futur, Hayao Miyazaki livre un travail de réalisation déjà très mature surtout pour une oeuvre de jeunesse.
Certains points manquent dans cet "article" trop long qui ne dit finalement rien. Je peux juste vous conseiller cette série, au moins ne pas se cantonner aux premiers épisodes qui sont encore assez naifs. L'histoire se révèle en effet passionnante et riche, surtout pour une série à l'origine destinée à un public jeunesse. Les personnages sont aussi attachants et l'action, l'aventure (révolue de nos jours dans ce style) sont bien présents. Mais surtout, les fans de Miyazaki pourront voir une première réalisation du maître dont le style est déjà bien affirmé. De plus, il n'y a pas de temps mort dans cette série, contrairement à Nadia le secret de l'eau bleue pour ceux qui aiment le genre. Et pour ceux que les fins déçoivent, il n'y a pas de soucis: l'intrigue se termine réellement dans l'avant-dernier épisode et la fin est complètement consacrée au dernier. Un grand classique à découvrir, tout simplement, avec un charme "vieil anime" non négligeable.
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