Wolverine: Je suis Wolverine!

Wolverine est inquiet. Toutes les lettres qu'il a envoyées à Mariko Yashida (ou Yoshida, ça dépend des périodes...), la femme qu'il aime, lui ont été retourné. Wolverine se rend donc au Japon pour découvrir le pot aux roses.
A Tokyo, il apprend par son ami Asano que Mariko a été donnée en mariage par son père. Ce dernier, Shingen, était porté disparu pendant une grande partie de la vie de Mariko mais est revenu dernièrement à la demeure familiale, reprenant ainsi son rôle de chef du clan Yashida.
Wolverine ne l'entend pas de cette oreille et fait tout pour récupérer sa bien-aimée mais il perd un duel contre Shingen devant Mariko! Shingen chasse Wolverine de sa demeure et fait en sorte de le supprimer.
Heureusement, Yukio, une femme redoutable au combat le sauve. Elle est poursuivie par les ninja d'une organisation secrète: la Main. Wolverine décide de lui venir en aide.
Avis :

Je suis Wolverine! est une mini-série de 4 épisodes mettant en scène les aventures solo du membre le plus mystérieux des X-Men. Cette mini-série a été réalisée en 1982 dans le but de faire un test sur le public, avant de sortir une série régulière consacrée aux aventures de Wolverine. Le Japon est venu à l'idée, Wolverine parlant couramment Japonais dans l'épisode #118 d'X-Men, épisode où il rencontre d'ailleurs Mariko. Marvel a mis tous les moyens pour que cette mini-série soit un succès, avec Chris Claremont, le scénariste "officiel" de Uncanny X-Men (il reste tout de même 17 ans sur les mutants!) allié aux dessins de Frank Miller (décidément, avec Sin City, on en parle souvent...) qui avait jadis officié sur Daredevil (dont le travail sur la série fut très fructueux). Par la suite, une autre mini-série de Wolverine est sortie et il faut attendre 1989 pour voir la série régulière débuter. En France, Je suis Wolverine! est édité chez Béthy, dans la collection Comics Culture (Couverture française) en tant que volume 3 des aventures de Wolverine. Cette édition est comme toujours de très bonne facture concernant la documentation mais c'est moins le cas niveau impression: le tout n'a pas été retouché et les pages contiennent des effets de couleurs "granuleux" comme lors des apparitions magazines. Elle a d'ailleurs accueilli Jungle Saga, Aux coeurs des ténébres, L'Arme X et Possession.
Je suis Wolverine! est vraiment un comics excellent. Il s'agit tout simplement d'un bijou du monde Marvel. C'est mon volume préféré des aventures de Wolverine que j'ai pu lire aux éditions Béthy (il manque plus qu'Aux coeurs des ténèbres!). La collaboration entre Frank Miller et Chris Claremont est une véritable réussite. Je suis Wolverine! est une perle d'action comme il est rare d'en lire. Il y a en effet beaucoup d'action dans les comics mais l'intensité des combats est incroyablement bien rendu dans cette mini-série. Bravo à Frank Miller qui a réussi à faire une mise en page très dynamique et surprenante, avec l'utilisation de bandes verticales ou de bandes horizontales très séquencées (comprenez fines et longues). Ce découpage permet de donner aux combats une impression de mouvements disséqués et découpés un par un, de sorte que le lecteur puisse les entrevoir. C'est ce qui rend les scènes d'action si puissantes. Avec sa fascination du Japon, Frank Miller s'inspire des combats dans les films de samourai, ce qu'il réussit à merveille avec ces mouvements disséqués. Autre chose que j'apprécie vraiment, ce sont les onomatopées. C'est très rare que je les remarque mais dans Je suis Wolverine!, elles ressortent drôlement et contribuent au dynamisme des combats.
Pour ce qui est du côté graphique, je ne le trouve pas spécialement beau mais le trait de Frank Miller est plutôt reconnaissable, notamment au niveau des visages. Wolverine a un style très réaliste dans les traits qui sont gras et marqués. J'ai surtout aimé l'utilisation des couleurs durant les scènes nocturnes. J'ai apprécié les courses poursuite qui jouent beaucoup sur les silhouettes noires un peu comme dans le générique du dessin animé Batman de Warner Bros. Frank Miller continue à jouer sur les silhouettes en utilisant aussi les portes coulissantes typiquement japonaises faites en papier à travers desquelles on voit les silhouettes des personnes. Le panel des couleurs utilisées est le noir/violet pour les scènes nocturnes et une abondance de jaune/orange/rose/vert lors des scènes éclairées dans la demeure de Shingen. Les moments nocturnes ont souvent attrait à Yukio, quant aux moments éclairés, ils ont souvent rapport avec Mariko. En revanche, j'ai trouvé les cheveux de Yukio pas réussis du tout, ils étaient décoiffés et ébouriffés et finalement, je me demande encore quel genre de coupe Frank Miller a voulu dessiner.
A force de parler de Frank Miller, j'ai oublié le scénario. Lui aussi est très bon. Il ne s'agit évidemment pas du "scénario de la mort qui tue" avec de multiples rebondissements et une réflexion de "ouf" mais l'histoire est simple et sacrément bien mise en scène. Ainsi, à aucun moment, on ne traîne en longueur et le tout avance super vite, à la vitesse éclair. Plus qu'une histoire dynamique, c'est aussi l'occasion de donner beaucoup d'humanité au personnage de Wolverine. Ici, on voit notre mutant affaibli aussi bien physiquement que moralement par le père de Mariko. Physiquement car il est tout de même mis au tapis par un humain en se faisant avoir par la ruse, mais aussi moralement car le tout se passe devant celle qu'il aime. Wolverine est ici très amoureux et c'est plutôt rare de le voir dans cet état. Wolverine est ici très complexé et tiraillé entre sa nature animale qui fait de lui un tueur redoutable et sa nature humaine, et se demande s'il mérite ou non Mariko. Avec tout cela s'ajoute également une autre histoire de coeur: Yukio. Celle-ci aime Wolverine pour son côté animal, on a ainsi un triangle amoureux qui s'ajoute à tout cela. L'histoire est un peu sombre et se passe pour la plupart du temps la nuit.
Le Japon comme cadre est une très bonne idée et elle permet de donner un certain exotisme (encore plus vrai dans les années 80 car la culture asiatique a tendance à être plus connue maintenant), en appuyant évidemment sur les clichés occidentaux du Japon, avec les différences de culture Occident/Japon. Ainsi, on peut voir Wolverine s'indigner que Mariko obéisse aveuglément à son père, ou encore une soumission parfaite de la femme, le thème de l'honneur qui revient souvent, la famille ancestrale (depuis le temps des samourai, d'où le fameux sabre Murasama de la famille). L'exotisme est aussi montré par les nombreux toits japonais ou encore les paysages. On n'y voit quasiment jamais d'immeubles au long du récit, mais plutôt la grande demeure familiale (maison traditionnelle japonaise) sans oublier les portes coulissantes en papier. D'autres éléments montrent au lecteur que cette aventure de Wolverine est très différente, notamment par les ennemis qui sont des ninja, l'utilisation d'armes telles que les shuriken ou les sabres et surtout l'utilisation à outrance du mot "gaijin". Même le méchant de l'histoire, le père Shingen, est très typique de l'ennemi japonais très froid et perfide qui contrôle tout sans montrer ses émotions. Les femmes sont elles aussi très "typées" japonaises, entre Mariko toujours en kimono et en coiffure très traditionnelle ou encore Yukio la femme féline très puissante qui connaît les arts martiaux comme sa poche. Frank Miller et Chris Claremont connaissent bien le Japon, ce qu'on peut voir pendant le récit incluant une pièce de kabuki très célèbre pendant laquelle des vassaux vengent la mort de leur souverain et se font seppuku ensuite.
Au final, Je suis Wolverine! est une aventure à lire impérativement, que l'on connaisse ou pas l'univers Marvel sur le bout des doigts (surtout si on a l'édition Béthy vu que la documentation y est excellente). Un véritable bijou et une collaboration parfaite de deux grands hommes, Chris Claremont et Frank Miller. Je suis Wolverine! ne se contente pas seulement de noms connus, c'est une grande aventure contenant les scènes de combat les plus belles que j'ai pu lire. Cette mini-série m'a d'ailleurs donnée envie de lire une autre mini-série de Frank Miller, Rônin, inspirée par la fascination de l'auteur sur le Japon (et le manga Lone Wolf & Cub). De plus, c'est l'occasion de voir Wolverine en hakama (bon, on le voit comme ça dans X-Men Rônin aussi me direz-vous...).