Everyday

Miho et Seiichi vivent ensemble dans un petit appartement. Ils essaient de joindre les deux bouts ou plutôt Miho essaie. Car pendant qu'elle travaille à la boutique, Seiichi, rêvant d'une carrière musicale, écrit ses chansons à la maison. Les finances ne suivent plus, Miho prend un travail le soir en tant qu'hôtesse dans un bar, et bascule dans la prostitution. Miho, lassée d'un Seiichi vivant à ses crochets, commence à douter de son existence et du chemin qu'elle prend, se rappelant Hagio, son ex-petit ami pour qui elle éprouve toujours quelque chose.
Avis : 
Après l'excellent Blue, Sakka continue à nous faire découvrir la talentueuse mangaka Kiriko Nananan avec Everyday et plus récemment Strawberry Shortcakes. Everyday comme son titre l'indique, raconte tout simplement le quotidien de deux jeunes adultes vivant ensemble, Miho et Seiichi. Et c'est avec un pitch de départ plutôt simple, me faisant penser à A l'ouest de Tokyo de Yamada Naito, que ce one-shot commence.
Après avoir été envoûtée par Blue, Everyday s'annonçait comme une lecture de choix. Seulement, j'ai un peu craint ce one-shot traitant de la banalité quotidienne d'un couple, m'étant ennuyée dans A l'ouest de Tokyo. Finalement, tout s'est vite évaporé par la narration et les dessins de Nananan que j'affectionne. Celle-ci est claire, très juste et s'adresse au lecteur, un peu comme la voix-off de Nana de Yazawa, sans aller jusqu'à émouvoir. Cette voix-off se fait discrète et résonne parfois dans ma tête. Des petites phrases par-ci par-là, mais qui restent en mémoire. C'est finalement très efficace et Miho devient très attachante. La narration est intimiste, Miho invite les lecteurs à partager ses doutes, on est loin des plaintes continuelles et egocentriques de Shino dans Piece of cake.
Les planches jouent un rôle essentiel dans la narration. Ceux qui connaissent déjà Nananan ne seront pas déroutés. Pour ma part, j'ai été légèrement surprise, trouvant Everyday moins beau que Blue. En effet, le trait semble plus tremblottant, moins net que dans Blue. D'un autre côté, c'est sans doute plus hésitant car notre jeune couple semble incertain, leur vie ne tient finalement à rien alors que Blue raconte une histoire au passé et semble aussi plus beau, plus sublimé. Everyday se trouve parfois tramé, il y a moins d'aplats de noir que dans Blue. D'ailleurs, le trait est toujours aussi simple et c'est toujours étonnant de voir comment en quelques traits l'expression des personnages peut se transformer. Il suffit aussi d'un sourire de Miho pour que les planches rayonnent.
On ne montre pas seulement le quotidien de Miho, on le partage sans faire intrusion. Beaucoup de pudeur et de justesse aussi dans cette narration (les moments de prostitution), une certaine tranquilité, un rythme lent qui nous rappelle ce quotidien lancinant (et puis une routine: le réveil, le travail à la boutique, les soirées avec les clients ou avec Seiichi). Le couple Miho-Seiichi ressemble à beaucoup d'autres: ils se sont mis ensemble petit à petit et depuis, ils vivent sous le même toit. Des jeunes adultes un peu perdus qui n'ont jamais dressé de véritables objectifs se laissant bercer au rythme de la vie. Rien de romancé ni de romantique donc, leur relation est tendre et douce mais peu animée par la passion, celui que Miho garde en fantasme étant Hagio. On est quand même loin du désespoir décrit par A l'ouest de Tokyo, malgré la prostitution de Miho, malgré le manque financier. Miho chérit son quotidien.
Everyday est la chronique d'un quotidien vécu par un couple. La banalité de leur vie ressort de cette oeuvre mais jamais le lecteur ne s'ennuie, tout étant raconté avec beaucoup de finesse, de justesse et de douceur. Miho est un personnage très attachant par ses faiblesses, ses questionnements. Kiriko aborde aussi la question du basculement très facile vers la prostitution. Il n'y a qu'un pas à franchir pour atterrir de l'autre côté de la barrière. Everyday est vraiment un beau manga (et mature dans son registre par rapport à d'autres visant le même public) sur la vie de tous les jours et plaira aux fans de l'auteur. J'invite ceux qui ne connaissent pas encore Nananan à lire une de ses oeuvres, même si cette note n'est guère convaincante (et je m'en excuse).
Merci à Ada