Dogville

Poursuivie par des gangsters, une femme mystérieuse et belle du nom de Grace (Nicole Kidman) arrive dans la petite ville de Dogville. Là elle rencontre Tom (Paul Bettany), jeune homme ambitieux qui se prend pour un philosophe et qui écrit un ouvrage dont les cobayes sont les habitants de Dogville. Ainsi, Tom voit une occasion de faire une expérience humaine et finit par aider Grace, en lui proposant de rester à Dogville. Réunissant les habitants de Dogville, l'ensemble de la communauté décide de garder Grace à condition qu'elle effectue quotidiennement des tâches pour le bien de chacun.
(Grace finit par devenir amie avec tous les habitants de Dogville et Tom lui déclare maladroitement son amour. Tout commence par se dégrader au moment où la police placarde des avis de recherche de Grace. La communauté voyant le danger augmenter, elle réclame donc que Grace travaille un peu plus avec une baisse de son salaire. Bientôt, personne ne se montre plus aussi aimable, les femmes passent leur colère sur elle et le jardinier lui demandant de faire le tour au lieu d'emprunter le petit passage car elle n'est pas de la communauté.
Le tout se dégrade encore à partir du jour où le fils de Vera lui demande de lui coller une fessée. Chose que Grace refuse mais au bout d'un moment, elle est bien obligée. Ensuite, c'est au mari de celle-ci de la violer en lui faisant un chantage. Grace accepte. La situation ne s'améliore pas: le Jardinier lui fait des avances, Vera l'accuse d'être une trainée et même l'aveugle veut son corps. Il est tant de partir et Grace fait donc confiance à Tom et au camionneur qui décident de la conduire hors de la ville. Tom lui prête de l'argent qu'il a volé à son père mais Grace l'ignore.
Grace embarque dans l'arrière du camion mais le camionneur sort et lui applique des taxes en nature pour les risques qu'elle lui fait prendre. Manque de pot, Grace s'endort et coup monté, elle se retrouve de nouveau à Dogville en se réveillant! De plus elle est accusée d'avoir volé le père de Tom et devient donc prisonnière, on lui installe un collier en métal relié à un boulet pour qu'elle ne s'échappe pas, celle-ci devant toujours travailler.
Grace devient l'esclave sexuel de tous les hommes de la ville seul Tom n'ayant pas encore profité de son corps. Quand celui-ci veut lui faire l'amour, Grace refuse et Tom est donc en colère. Pour se venger, il appelle les gangsters qui lui ont laissé une carte afin de leur dire où se trouve Grace, alors qu'il lui avait juré qu'il l'avait brûlée. Les gangsters débarquent, le chef se trouvant simplement être le père de Grace. Père et fille ont un entretien sur l'arrogance, Grace s'étant enfuie de chez elle car elle ne supportait plus le métier de son père.
La nuit tombe sur Dogville et elle découvre une autre facette de la ville. Elle demande à son père si elle pourrait accéder au pouvoir et si elle a le droit de faire ce qui lui plaît. Elle ordonne donc de massacrer tous les habitants de la ville et exécute elle-même Tom. Elle a compris: afin de vivre dans un monde en paix, il faut éradiquer toute la vermine.)
Avis : 
Après un Dancers in the dark récompensé à Cannes en 2000, Lars Von Trier revient avec Dogville, premier volet d'une trilogie sur les Etats-Unis (Dancers in the dark constituant la fin d'une trilogie sur le sacrifice). Le réalisateur danois ne laisse pas indifférent et il en va de manière amplifiée quant à son Dogville. Ainsi, le film a soulevé bien des polémiques que ce soit sur sa forme ou sur son fond après sa projection à Cannes en 2003. Certains accusent un côté prétentieux du Danois, d'autres parlent d'une vision trop pessimiste de l'âme humaine et puis il y a la fin qui fait aussi parler d'elle. Lars Von Trier, avec Dogville, a la volonté de réaliser un film fusionnant trois arts: le théâtre, le cinéma et la littérature. En tout cas, une chose est sûre, Lars sait se faire remarquer et sait aussi s'entourer, comme en témoigne un casting impressionnant (apparemment car je ne connais pas les acteurs xD). Me concernant, je n'avais pas osé voir Dancers in the dark lors de son passage sur Arte, le nom de Lars Von Trier m'évoquant quelque chose d'élitiste. Je me suis donc rattrapée avec Dogville sur France 3, le même jour qu'A la poursuite du diamant vert, à une heure bien tardive.
Ne m'étant jamais penchée sur le réalisateur danois, je n'ai jamais rien su pour Dogville. Je connaissais l'affiche, le nom du réalisateur (monsieur "film d'auteur" dans ma tête), le titre, puis un résumé bien succint du programme TV (j'appréhendais le côté indigeste). Bref, autant le dire, j'ai vu ce film de manière assez "vierge". Du coup, non prévenue de la forme, j'ai été très surprise. J'ai eu peur et je me suis même demandée si j'allais continuer à voir ce film. Comme mon père était là aussi et que j'avais insisté pour le voir la journée, je ne pouvais plus me dégonfler. La réalisation est on ne peut plus sobre: le décor est constitué d'un hangar dans lequel les maisons de Dogville sont dessinées à la craie, avec le nom du proprio écrit dans la surface. Les murs n'existent donc pas, les portes non plus, elles sont mimées par les acteurs et un bruitage représentant le grincement de porte. Le chien est aussi dessiné à la craie et se manifeste en aboyant. Seul l'éclairage donne une indication sur l'état du ciel (nuit et jour). Et quand on voit ça, à part en étant habitué aux films dits d'auteur, et bien on a peur que ce soit chiant. C'est un peu ce qui a véhiculé la réputation prétentieuse de Lars Von Trier: cette volonté de fusionner trois arts mais aussi cette manière de réaliser, presque du foutage de gueule.
Avec une telle réalisation et une durée de 2h58, le film met un petit temps pour démarrer. Il faut aussi un temps d'adaptation de la part du spectateur. J'avoue que pendant les trente premières minutes, je me suis demandée ce que je foutais encore sur le sofa. Dans l'originalité, on retrouve un narrateur constitué d'une voix-off qui est là pour nous conter l'histoire, comme à des enfants à qui on lit un conte le soir. Et comme dans un livre, le film est divisé en chapitres, au nombre de neuf. C'est assez destabilisant au début, avec mon père on trouvait ça chiant et surtout on se demandait dans quoi on était tombé... Sans parler des comédiens qui miment la porte, et ces maisons dessinées sur le sol, ça fait légèrement penser à des gosses jouant "au papa et à la maman". Passées les trentes premières minutes, on voit enfin Grace arriver dans la ville et c'est là que l'histoire démarre, que ça devient intéressant. Et chose étonnante, au bout de trente minutes, on finit par s'habituer à l'absence de décor et on est de plus en plus captivé par l'histoire.
Dogville se révèle être un conte philosophique sur la condition humaine. Lars Von Trier, à travers Dogville, révèle la nature profonde de l'homme et cette nature est noire, monstrueuse et surtout sans l'ombre d'un espoir. Les habitants, s'ils se montrent gentils et accueillants au départ, révèlent peu à peu leurs crocs et profitent de la situation. Ainsi, le film commence de manière assez mièvre avec une Grace gentille et serviable heureuse d'apporter sa contribution à la communauté en rendant les gens heureux pour finir dans une atmosphère des plus malsaines. On se demande comment on a pu tomber à ce niveau de bassesse humaine et c'est cette descente aux enfers qui est particulièrement bien dépeinte. De manière très progressive (heureusement car il y a du temps!), les habitants se dévoilent. Ainsi, tout commence par de petites choses qu'on demande à Grace en plus pour finir à un état d'esclavage ouvrier comme sexuel.
Le tout est sublimement interprété par l'ensemble des comédiens mais surtout Nicole Kidman, rayonnante à l'écran. Sa beauté fragile rend à Grace toute sa... grace tout simplement. Tout au long du film, elle reste l'élément pur, intouchable malgré tout ce qu'elle subit. Vraiment fascinante. Les personnages sont tous plus affreux les uns que les autres (même Tom, sans doute le pire à mes yeux), personne ne peut être sauvé. Même les enfants sont de véritables vermines, même l'attardé ou encore la femme de ménage et l'aveugle. Personne n'est épargné dans cet échantillon d'ordures. Mais surtout, à travers cet échantillon, Lars Von Trier dénonce tous les humains. C'est sans doute ce qui dérange en voyant ce film: voir ces humains en écraser un autre dans le but d'assouvir un désir de pouvoir, désir qui se trouve au plus profond de chacun. Ca nous renvoie aux pires bassesses dont on pourrait être capable dans un environnement aussi confiné que l'est celui de Dogville. Même pas un environnement, ça montre aussi comment l'homme peut commencer petit à petit à réduire en esclavage un ou une égale (on peut comparer cette situation au plan professionnel par exemple: on commence à effectuer une tâche légèrement peu intéressante pour finir par ne plus rien faire et être viré, commencer par accepter le harcèlement d'un collègue ou d'un prof pour finir dans son lit et plein d'autres quand on n'ose pas parler). Certains voient en Dogville une critique des valeurs américaines les plus profondes. Pour ma part, j'y vois vraiment tout le monde.
La fin a aussi beaucoup fait couler d'encre, certains la trouvant facile. Je ne pense pas que Lars ait fait ça car il n'avait plus aucune issue mais plutôt pour continuer sa démonstration (Grace prouve enfin qu'elle est humaine et sort de son arrogance. Son plus grand crime est finalement d'avoir en quelque sorte méprisé ses égaux en subissant ce qu'il y avait de plus bas sans jamais rien dire. Rester pure, rester gentille, c'est impossible à condition d'y perdre son humanité. En fait, elle n'était pas gentille, au fond d'elle, elle était pleine de mépris et se disait "au-dessus" de leur nature humaine pleine d'atrocités). Il montre aussi l'évolution psychologique de cette chère Grace, vu qu'une trilogie lui est consacrée, l'évolution de ses idées, de sa conception du monde (Elle devient en effet démoniaque et éradique sans pitié tous les habitants de Dogville et dit avoir compris la leçon: il n'y a aucun moyen de sauver les gens, il faut éradiquer la vermine si on veut vivre dans un monde heureux O_O... très radicale la jeune femme ou pire: extrêmiste).
N'étant pas de nature portée sur la réflexion, je m'arrête là (surtout que tout le monde dort et que d'autres ont écrit des choses passionnantes sur le sujet). Je me demande si cette note est compréhensible. Je n'adhère pas à toutes les idées profondément négatives (malsaines) de l'auteur (et je veux croire qu'il reste quand même du bon dans chacun xD) mais il est vrai, on est tous capables du meilleur comme du pire et ce pire doit donc bien se trouver quelque part, concentré et prêt à sortir. On voit aussi une progression, personne ne se rend vraiment compte de la situation et que petit à petit, Grace devient une esclave. C'est très dérangeant, cela signifie aussi que n'importe qui pourrait dépasser une limite dans un autre domaine, quotidiennement, petit à petit et surtout, sans s'en apercevoir. C'est sans doute extrême dans le film mais on le voit sur trois heures... dans la réalité je verrais bien une telle situation se faire sur quelques années. Film intéressant qui donne à réfléchir (certains se sont posés la question de "Qui est Grace? Que représente-t-elle?" ou encore le générique assez troublant de la fin avec photos de l'Histoire des Etats-Unis qui défilent sur fond d'une chanson interprétée - je ne savais pas - par David Bowie); film intéressant sur le plan artistique et film à voir une fois pour se faire sa propre idée. On déteste comme on aime mais une chose est sûre me concernant: même si je suis entrée rapidement dans le jeu, je refuse de me le faire une deuxième fois vu que je sais tout ce qui s'y passe. De plus, ce n'est pas un film à voir par plaisir et surtout, c'est hyper long (2h58...). D'ailleurs, je ne projette absolument pas de voir Manderlay, le deuxième opus des aventures (mésaventures?) de Grace (où on ne retrouve malheureusement pas Nicole Kidman). Un film qui donne aussi à polémiquer et donc à fort potentiel de discussion (d'où le Sugaromètre élevé car je n'ai pas adoré le film que ce soit clair xD). Bonne nuit à ceux qui seront arrivés là...