Free Soul

Lorsque Keito quitte sa mère, la vieille artiste Rui Takeuchi l'héberge. Dés lors, Keito prend tous ses repas avec Rui et Sumihiko, son jeune assistant. Keito souhaite devenir mangaka et prépare une histoire dont l'héroïne est Angie, une chanteuse de soul afro-américaine. En même temps, Keito travaille la journée chez un disquaire de Black music. Là, elle rencontre Niki, une superbe jeune femme trompettiste dans un groupe de funk dont elle tombe amoureuse. Mais Niki la prévient avant de commencer toute relation avec elle: elle n'est pas lesbienne et ce sera juste une histoire de sexe.
Avis : 
Love my life fut le premier manga yuri (manga traitant de l'homosexualité féminine) édité en France par Asuka. Depuis, toujours chez le même éditeur, il y a eu Indigo blue, Sweet lovin' baby de la même mangaka et Entre les draps d'Erica Sakurazawa. Free Soul est la dernière oeuvre en date d'Ebine Yamaji. Avec son titre où figure le mot "soul", Free Soul est un manga que j'ai toujours voulu lire, pensant qu'il aurait pour thème ce genre musical... ce qui est plus ou moins véridique.
Ceux qui ont lu des manga d'Ebine Yamaji seront en terrain connu: on retrouve à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans ses titres précédents, en particulier Love my life et dans une moindre mesure Indigo blue. Ceux qui ne connaissent pas Ebine Yamaji pourront se familiariser avec l'univers de la mangaka. Ebine Yamaji semble aimer la création, comme en témoignent chacune de ses héroïnes. Ainsi, Rutsu de Indigo blue est romancière, Keito est apprentie mangaka, Rui Takeuchi et Sumuhiko sont artistes peintres et Niki est trompettiste dans un groupe de funk. Cela est surtout là pour donner un style et n'a pas vraiment d'incidence sur les personnages (et épargnons le cliché du "y'a plus d'homo chez les artistes" s'il vous plaît). En revanche, dans son premier titre Love my life, les héroïnes, Ichiko et Eri étaient étudiantes en anglais pour l'une et en droit pour l'autre. Ebine semble aussi affectionner la Black music, entre le poster du chanteur de nu soul Maxwell dans la chambre de Ichiko dans Love my life, le groupe de funk, le titre Free soul ou encore tout simplement le personnage d'Angie, chanteuse de soul music. Il me semble aussi que Ichiko bossait aussi chez un disquaire (où elle rencontre une "boule à zéro").
Si Free soul est la dernière oeuvre en date d'Ebine Yamaji, on ne peut pas dire que la mangaka a évolué au niveau graphique. Son trait reste donc toujours le même, le style de dessin ne change pas et les planches non plus. C'est là que vient ce que j'ai dit plus haut: on garde les mêmes qualités et les mêmes défauts. Ainsi, le trait est clair et net, plutôt plaisant avec des visages qui se dessinent dans la plus grande simplicité. Les planches sont aussi très aérées et réalistes. Mais comme dans ses précédents manga, les planches sont statiques (découpage mou et évolution monotone), il n'y a quasiment pas de trame (c'est noir ou blanc, rarement gris sauf pour Angie, dieu merci) et les décors sont vides. Bref, pas très animé tout cela, ça manque de sentiment, c'est froid. Certains aiment et y trouvent du charme, d'autres trouvent ça fade. Et après avoir lu plusieurs manga de la mangaka, moi qui trouvais cela original, je m'en suis lassée. Avec ses oeuvres précédentes, le côté statique ne m'avait pas dérangée; cela donnait un côté très quotidien mais là, je me suis demandée si elle n'était pas incapable de rendre ses planches vivantes. Enfin, pour ceux qui n'ont rien lu d'Ebine, il n'est pas question de baver si vous fantasmez sur les lesbiennes: mieux vaut changer de manga ou s'acheter un film de fesses... car la grande qualité d'Ebine Yamaji est de présenter des scènes de sexe le plus pudique qu'il soit: on n'est pas en flagrant délit de voyeurisme (petits cochons allez :p).
Ceux qui lisent Ebine Yamaji ne seront donc pas dépaysés par la narration ni par l'histoire. Pour les nouveaux, Ebine Yamaji raconte donc des histoires d'amour entre deux femmes. Donc, dans Free Soul, on a une jeune artiste à l'air naïve qui craque pour une fille d'apparence indépendante. Le couple formé ressemble très fort à celui dans Love my life, sauf que l'amour était plus présent dans ce dernier. Dans Free Soul, la relation d'amour est presqu'à sens unique mais dans l'ensemble on retrouve pas mal de Love my life, jusqu'à la coupe de la femme indépendante: la coupe au carré (et l'expression classe au passage). On a aussi une héroïne plutôt naïve mais contrairement à Ichiko, Keito n'arrive pas à faire accepter son homosexualité à sa mère (c'était plus "daddy cool" dans Love my life). Toutefois, on rencontre cette espèce d'air "béat" et naïf de Ichiko chez Keito, avec ce même air innocent et ce côté "Jay de la chance" avec une vieille qui débarque et de suite héberge notre demoiselle. Bref, elle fuit de chez elle mais cette fugue n'est pas difficile.
Les idées de Ebine Yamaji se recyclent (en l'espace de trois one-shots), du caractère au design des personnages (même les hommes en sont victimes: le père de Ichiko dans Love my life, le petit ami de Rutsu dans Indigo Blue et Sumihiko dans l'oeuvre présente). Quelque chose ne permet pas à Free Soul de décoller lorsqu'on a lu du Ebine Yamaji car il y a tout ce côté réchauffé qui empêche d'être pleinement satisfait. Pourtant, les histoires sont différentes: dans Love my life, on traitait de l'infidélité (thème prolongé dans Indigo Blue mais avec le mensonge qui tourmente l'héroïne et sexualité non définie) mais dans Free Soul, c'est plus d'une histoire d'amour à sens unique. Sauf que cette histoire est finalement peu intéressante et très vite expédiée à la fin car on n'a pas l'impression d'évoluer avec les héroïnes, on connaît peu leurs sentiments, le lien n'a pas l'air si fort et finalement, on ne ressent rien à la fin (enfin on ressent déjà très peu en lisant Ebine Yamaji, elle arrive mal à faire passer ses sentiments dans son oeuvre je trouve) car c'est soudain (avec Niki qui finalement dit "je t'aime" à Keito qui se retrouve sur un petit nuage, quand elle comprend que son père la refusera à jamais). Donc, l'intérêt et le questionnement de cette relation est plutôt creux, comparé à Indigo Blue et même Love my life (malgré le côté gnan gnan de l'oeuvre, au moins la relation entre les héroïnes était présente). C'est l'histoire la moins attachante d'Ebine Yamaji que j'ai lue.
Enfin, chose inédite dans Free Soul, l'héroïne est mangaka. Du coup, on a droit à des images d'Angie, qui constitue en quelque sorte un troisième personnage (on ne voit qu'elle sur la couverture d'ailleurs, je croyais qu'elle était l'héroïne). Avec Angie, notre chère Keito exprime donc ses doutes, on voit aussi le parallèle entre la création de son histoire et puis sa vie amoureuse. Keito semble donc un personnage plus proche de l'auteur par son métier, que les autres héroïnes qu'Ebine a dessinées. La présence d'Angie donne aussi une autre dimension à l'histoire car on en suit pas seulement celle de Keito, on suit aussi celle de cette chanteuse de soul music. C'est le petit plus de Free Soul par rapport aux autres oeuvres d'Ebine Yamaji. Paradoxe, Angie est plus charismatique que Niki et Keito, alors qu'elle n'est qu'un personnage de papier dans le manga. Seulement, elle est traitée presqu'à égalité avec les autres, puisque Keito s'adresse à elle au moyen d'une voix-off. Ebine Yamaji pousse même le vice jusqu'à la fin, les dernières pages étant exclusivement réservées à Angie alors que Keito est l'héroïne de l'histoire. Dommage que je ne me souvienne plus de cette fin, j'ignore si il s'agissait d'une suite aux idées de Keito, et de ce que l'auteur voulait faire passer (je ne sais plus ce qu'Angie a dit, ni de ce qui s'y passe réellement). Si quelqu'un n'a pas oublié, il pourra en parler en commentaire. Pour finir, ma lecture préférée d'Ebine Yamaji reste sans doute Indigo Blue, sorti avant mais que je trouve paradoxalement plus abouti. Dans Indigo Blue, l'héroïne est plus originale, froide, peu attachante et enfermée dans le mensonge. L'histoire y est également plus mature, beaucoup moins fleur bleue et aussi plus ancrée dans notre quotidien avec moins cet univers-bulle (enfin je trouve). Free Soul se situe plus dans la continuité d'un Love my life, c'est un Love my life plus achevé mais pas tout à fait.
En conclusion, ceux qui aiment Ebine Yamaji ne seront pas déçus, sauf s'ils voulaient découvrir de nouveaux horizons de la part de la mangaka. Ceux qui n'aiment pas n'aimeront toujours pas en lisant Free Soul. Pour ma part, j'ai trouvé Free Soul légèrement réchauffé après réflexion, alors qu'il m'avait plutôt plu pendant la lecture, même si je sentais quelques moments de longueurs propres au style statique, monotone et mou d'Ebine Yamaji. C'est en relisant ma note sur Indigo Blue que j'ai réalisé les défauts Free Soul. Ebine Yamaji est une mangaka qui ne progresse pas vraiment. Au bout de trois manga, je crois que je ne tenterai plus le coup, surtout que les relations homosexuelles (et même les relations tout court) ne constituent pas mon sujet de prédilection et que le tout est trop "bulle", avec un univers où on ne voit que nos amantes. On est donc hors du temps et ("paradoxe" vu le style qui se veut réaliste) hors du monde extérieur. Free Soul est tout simplement une oeuvre d'Ebine Yamaji. Les lectures de Love my life (pour le côté découverte des yuri) et de Indigo Blue (le côté plus adulte avec univers moins bulle -> plus de relations sociales je trouve) sont amplement suffisantes pour découvrir l'univers de la mangaka. Free Soul est clairement dispensable et malgré tout ce que j'ai pu dire, c'est une lecture suffisamment sympathique et agréable pour mériter un peu d'attention. Pour finir, ceux qui ont lu la note jusqu'au bout sont soit maso soit courageux (car c'est long et pénible vu que je ne suis pas championne des mots) et pas la peine de vous auto-flageller: c'est déjà fait!
Merci à Ada/Shermane