Superman: Red Son

Et si, au lieu de s'écraser sur Smallville, Kal-El s'était écrasé en Ukraine? C'est ce qui arrive en 1938. Superman grandit donc en bon socialiste, suivant les idées de Staline et monte à Moscou où il décide d'utiliser les pouvoirs qu'il vient de dé couvrir, au service de l'homme et du Bien. Ainsi, Superman sauve des vies partout, que ce soit en Russie ou aux Etats-Unis. A la mort de Staline, Superman monte au pouvoir et le socialisme devient le modèle économique à suivre. Malheureusement, les Etats -Unis avec Lex Luthor à la présidence refuse de rallier le modèle socialiste et reste sur le capitalisme.
Avis : 
Red Son est un récit paru aux Etats-Unis sous le label Elseworld. On y lit donc des récits inhabituels, en l'occurrence un Superman communiste dans cet ouvrage. La série est scénarisée par le très populaire Mark Millar, et dessinée par Dave Johnson (cover artist pour la série 100 Bullets) au début puis Kilian Plunchett qui prend la relève. Red Son est sorti en France sous la forme d'un volume relié chez Panini. Cette mini-série a fait beaucoup parler d'elle que ce soit aux Etats- Unis ou en France.
Superman: Red Son dispose d'un très bon scénario signé Mark Millar. Mark Millar s'est fait connaître sur The Authority pour une autre vision des super héros (bien qu'acclamé par la critique, je n'ai jamais accroché à cette série ). Il est aussi scénariste sur des séries chez Marvel, en particulier The Ultimates qui a de nombreux fans. Millar se marque par son côté politique, souvent prêt à critiquer l'Amé rique. Dans Red Son, on peut y voir une certaine critique des Etats-Unis quand Superman intervient pour sauver le monde, ne se mêlant pas seulement de son pays, la Russie, mais aussi des autres. A travers ce Superman socialiste, on peut y voir une critique du gouvernement américain qui aime fourrer son nez partout. En outre, il y a aussi cette petite critique du patriotisme américain. Quoiqu'il se passe, jamais les Etats-Unis ne baissent les bras, tant leur patriotisme est fort, et ce même si des vies humaines sont en jeu. Il y a aussi une forme de dé rision de l'Amérique qui sort toujours vainqueur de toutes les é preuves possibles et inimaginables (car Lex Luthor finit tout de même par gagner, la race humaine triomphe sur l'alien mais surtout, l'Amérique a triomphé).
De plus, Superman: Red Son est un récit très bien ficelé. Ainsi, le lecteur peut se laisser emporter par une histoire tout à fait plaisante. La construction est chronologique, avec une narration à la première personne tenue par Superman. Cela rend le récit légèrement intimiste, l'Histoire à travers les yeux de Superman et surtout, à travers son expérience. L'histoire n'est jamais ennuyeuse et réserve pas mal de surprises notamment dans l'affrontement entre Luthor et Superman (l'idée de la lettre, il suffit juste d'une maudite lettre et non d'un combat le cerveau triomphe, les manigances de Brainiac) mais surtout dans son twist final qui est une sorte de plaisir offert au lecteur (et oui, Kal-El n'a fait qu'un voyage dans le temps car à la fin, le genre humain avec un Lex Luthor a sa tête est si évolué qu'en fait, tout le monde peut voler etc... Et Jor-El n'est qu'un descendant de Lex Luthor!). On peut aussi y voir l'idée que l'Histoire se répète toujours.
Millar n'oublie pas les fidèles à l'univers DC et inclut des clin-d'oeil sentimentaux comme le mariage de Lois et Lex avec un regard qui en dit long entre Lois et Superman la première fois qu'il intervient à Metropolis (ils ont l'impression de se connaître) ou encore un Batman rebelle, opposé de Superman (l'ombre du système), Lana Lang, Green Lantern et puis Wonder Woman. Il y a même cette ville en bouteille (mais je ne me souviens pas de tout et je ne lis pas Superman), clin-d'oeil aux lecteurs de la série régulière. Lex Luthor est très machiavélique, avec une intelligence hors-norme, une sorte de savant fou. C'est surtout sur cet élément et non sa puissance politique que tout se joue. Au début, on nous présente un Lex Luthor qui a des cheveux et devient chauve par la suite, même évolution que dans l'Histoire du personnage dans l'univers DC. Ceci dit, ceux qui ne connaissent rien sur l'Homme d'acier pourront lire cette aventure avec plaisir (c'est mon cas), et même les lecteurs non familiers à l'univers DC.
Cependant, je trouve le régime stalinien légèrement trop " gentil", il n'y a rien de véritablement horrible dans ce régime communiste, c'est légèrement lisse. Superman reste toujours aussi altruiste et bien qu'il soit élevé sous Staline, il ne semble pas particulièrement affecté par son éducation (il pense un peu ce qu'il veut, on observe peu de différence avec le Superman qu'on voit d'habitude si ce n'est le costume). S'il était vraiment endoctriné comme tout citoyen de l'union soviétique par les idées de Staline, seule la patrie aurait compté et pas les autres pays du monde. Lorsque Superman prend le pouvoir, il développe un besoin de contrôle jusqu'ici inconnu et change du tout au tout, après un affrontement houleux avec Batman (drôle de le voir avec son chapeau xD). Je pense surtout que c'est l'affrontement qui l'a poussé à devenir ce qu'il est et non le régime communiste car il n'était pas vraiment marqué par le stalinisme dans sa jeunesse.
J'aime cette transformation de Superman en homme froid qui contrôle tout ou presque (ou plutôt Brainiac contrôle le pantin Superman), montrant jusqu'où l'absence de liberté peut aller, même au profit de l'utopie et du bien-être de chacun. Une réflexion s'installe alors sur le libre-arbitre et la nature de Superman: mérpise-t-il vraiment le genre humain? Se sent-il supérieur au point de savoir ce qui est bon pour l'Homme? Et surtout, quelle arrogance à contrôler chacun d'entre nous, sous-entendant par là la nature destructrice de l'Homme ( d'ailleurs les Batmen réclament le droit de vivre en enfer)... Superman surprotège l'Homme et ne le considère plus chacun d'entre eux comme des individus bien distincts: ce sont des robots. L'homme est mou, il s'agit plus ou moins de la mise en pratique d'une accusation que porte Lex sur la personne de Superman dans Lex Luthor: l'homme d'acier.
Superman: Red Son ne déçoit pas. L'histoire est ambitieuse tout en restant divertissante et prenante. De plus, autant les néophytes de l'univers DC que les spécialistes seront comblés, la transposition des personnages dans cet univers étant bien vue. Pour ne rien gâcher, Superman: Red Son est visuellement réussi, le design des personnages reste classique mais la coloration à la fois vive et rétro (en Russie) donne un très bon rendu, sans parler des couvertures magnifiques de Dave Johnson parodiant un régime totalitaire. Je n'adhère pas à tout mais je reconnais en Superman: Red Son une excellente histoire avec Superman.
Merci à Génie