Instinct

Lorsque l'anthropologue Ethan Powell (Anthony Hopkins) revient du Rwanda, c'est pour se retrouver en prison. Lors de son isolement dans les forêts d'Afrique en compagnie des gorilles, il a tué deux braconniers. Il purge ainsi sa peine dans un pénitencier spécialisé où les prisonniers n'ont plus toute leur tête. Depuis, Ethan Powell n'a plus prononcé un mot, se renfermant dans son univers, vivant dans le refus d'une société humaine. Theo Caulder (Cuba Gooding Jr) est un psychiatre ambitieux qui se charge d'étudier le cas d'Ethan Powell. Il s'intéresse à son expérience unique, à son voyage à la frontière du monde animal. Les relations houleuses du début laissent place à un climat de confiance et petit à petit, à une amitié.
Avis : 
Instinct est un film réalisé par Jon Turteltaub (Ninja Kids, Rasta Rockets). Sorti en salles en 1999, Instinct a fait un flop et s'est fait descendre par la presse. Je me souviens surtout de la bande-annonce, entrecoupées de scènes avec Cuba Gooding Jr et Anthony Hopkins, et de scènes dans la forêt africaine, au milieu des gorilles. Une jolie bande-annonce qui m'a donné envie de voir le film que je croyais être un thriller mystérieux sur un homme animal. Quand j'ai vu Rock, j'ai cru qu'Instinct n'existait pas (bref, confusion Anthony Hopkins/Sean Connery lol)... J'ai pu vérifier l'existence d'Instinct un lundi en deuxième partie de soirée sur M6, après Retour vers le futur II. Finalement, les confusions Les ailes de l'enfer, Rock et Instinct sont résolues!
Instinct est un film long (2h05) durant lequel il ne s'y passe rien. Le rythme est lent et l'histoire ne tient qu'à la relation entre deux personnages que tout oppose. De plus, les clichés sont nombreux: la prison où les dirigeants traitent les détenus comme des animaux, les gardiens méchants montant les détenus les uns contre les autres, la loi de la jungle où le fort écrase le faible, le psychiatre local qui ne fait pas son travail et un homme fort qui défend de temps en temps les faibles (Anthony Hopkins). Et au milieu de ce paysage peu reluisant, UN homme, Cuba Gooding Jr, débarque et change l'ambiance de cet endroit sordide. Tout le monde a le droit de vivre, faibles ou forts, et il va commencer par changer le système des cartes (le prisonnier qui tire la bonne carte a droit à 30 minutes pour contempler le ciel et comme d'hab, le plus fort l'arrache des mains du faible). Ensuite, il va influencer le psychiatre qui va arrêter de leur injecter des produits pour avoir la paix. Il va aussi changer l'attitude des gardiens. Bref, tout le monde sera content, l'effet classique du Cercle des poètes disparus, avec émotions, larmes, et tout et tout.
Le deuxième cliché est celui de la relation. Comme toujours, on a deux hommes complétement différents. L'un aspire à la nature, l'autre à l'ambition. L'un se comporte en humain, l'autre en animal. Et petit à petit, les deux hommes se font confiance et apprennent l'un de l'autre. Le principe de la rencontre, de l'échange. On apprend donc que Anthony Hopkins est déçu par le comportement de l'Homme qui cherche à tout détruire, qu'il est en prison pour avoir défendu des gorilles. Cuba Gooding Jr interprète un personnage que l'on voit dans la vie de tous les jours: le mec ambitieux qui n'a dans sa vie que le travail et qui réalise au contact d'Anthony Hopkins, combien sa vie est vide de sens, combien il est seul et surtout, qu'il est malheureux. D'un côté, Cuba met son ambition de côté et de l'autre Hopkins apprend à faire confiance au genre humain. A bas l'ambition, à bas le matérialisme, à bas la société, vive la nature, vive les gorilles! Le film véhicule une certaine idée de l'homme intrinsèquement bon lorsqu'il n'est pas perverti par la société (Voltaire?), poussant chacun vers l'ambition.
Instinct est saupoudré de très belles images dans la forêt africaine, des moments paisibles avec les gorilles. Le reste est linéaire/monotone et renforce le côté mou du film. J'ai lu un article où une personne citait quatre films auxquels Instinct a pompé pas mal d'éléments, malheureusement, soit je n'ai pas vu les films cités soit je ne m'en souviens plus trop (Le silence des agneaux et Greystoke). Du côté des acteurs, je trouve Anthony Hopkins loin d'être mauvais, comme soulignent tous les détracteurs de ce film, surtout lors de ses colères bestiales.
Ceci dit, malgré les bons sentiments, malgré la lenteur, malgré les nombreux clichés... j'ai aimé ce film. J'adhère plus ou moins à une idée: celle d'une ambition déshumanisante. L'homme est de plus en plus bouffé par le travail (il n'y a qu'à voir tous les outils de contacts: le GSM, les mails, le Blackberry, le VPN, le Netmeeting, le Microsoft Office Communicator, le laptop...). L'Homme ne prend plus le temps d'observer, de savourer le moment présent (il est impatient, veut tout tout de suite, veut faire 50 choses en même temps), de vivre (surtout). En revanche, le côté sans-ami de Cuba Gooding Jr est l'élément supplémentaire dans le film pour convaincre les ambitieux: "attention, un jour vous vous rendrez compte que seul vous serez". [NB: cette note aurait dû paraître après Retour vers le futur II.]