Slevin

Titre original: Lucky Number Slevin
Slevin (Hosh Hartnett) n'a décidément pas de bol. Après s'être fait agressé, il perd son appartement et cerise sur le gateau, découvre que sa petite amie le trompe. Il se rend donc à New York et crèche chez son pote Nick mais il ignore que ce dernier a quelques dettes à régler avec la mafia. Le voilà donc embarqué dans une sale histoire, pris pour Nick, avec pour seul vêtement une serviette autour de la taille après avoir fait connaissance avec la charmante voisine Lindsey (Lucy Liu). Le pire dans l'histoire, c'est qu'il a des démêlés à la fois avec le Boss (Morgan Freeman) et le Rabbin (Ben Kingsley), deux bandes rivales aux immeubles situés l'un en face de l'autre. Mr Goodkat (Bruce Willis), tueur à gage chargé du meurtre du fils du Rabbin, a proposé au Boss de faire exécuter cette mission par un mec endetté jusqu'au cou tel que Nick. Le pauvre Slevin est dans l'impossibilité de prouver son identité, ses papiers ayant été perdus lors de son agression et Nick n'étant toujours pas rentré chez lui. Bref, Slevin est mal barré.
(Petit, le père de Slevin a fait un pari sur des courses de chevaux, après avoir entendu le bruit que le cheval était infaillible. Malheureusement, il perd et s'endette auprès de son bookmaker. Trop pauvre, il ne peut payer la somme et son père est donc assassiné. Sa mère l'est aussi, et ces meurtres ont été commandés par le Rabbin et le Boss. Finalement, Mr Goodkat, qui devait tuer le petit Slevin, ne presse pas la détente. Il laisse vivre le petit pour qu'il se venge de ses parents. Le plan est donc simple, prendre la place d'un certain Nick Fisher, endetté jusqu'au cou auprès du Boss et se faire passer pour lui. Pour cela, Goodkat supprime Nick lorsqu'il tente de s'enfuir de New York et le tour est joué. De plus, l'inspecteur enquêtant sur des meurtres entre les bandes du Boss et du Rabbin est celui qui avait exécuté sa mère. Lorsque les révélations tombent, Slevin tue tout le monde et se tire avec Lindsey, Goodkat les laissant s'en aller.)
Avis : 
Slevin est un thriller rigolo, lorgnant légèrement du côté de Snatch. Paul McGuigan, le réalisateur, est aussi Anglais et semble aimer les gangsters puisque ce n'est pas son premier film sur le sujet. Slevin est passé inaperçu en France, et ce malgré un casting avec des noms comme Bruce Willis, Morgan Freeman et Lucy Liu, Josh Hartnett (la jeune "belle gueule" aux airs de Brad Pitt). Cela est peut-être dû aux affiches françaises aux couleurs trop flashy (orange fluo et gris métallisé) donnant un air de simple film d'action à l'ensemble, alors que l'affiche américaine souligne plus l'aspect gang ou "film à la tarantino".
Quand j'ai vu Slevin, il était très tard le soir ou plutôt très tôt le matin. Je voulais donc voir un truc pour me vider la tête et Slevin était le seul film non sous-titré. De plus, je pensais aussi avoir affaire à un film d'action bien explosif avec plein de stars. Et finalement, quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai découvert une comédie avec des gangsters et une histoire comportant du suspense où les répliques ont leur importance. La surprise fut agréable, et je me suis demandée pourquoi ce film est si vite passé à la trappe, pourquoi je n'en avais jamais entendu parler. En effet, Slevin démarre sur des chapeaux de roue, à peine Slevin s'installe dans l'appartement que les ennuis commencent. Les dialogues sont très percutants et font immédiatement rire, on a aussi un casting de gueules pour les gangsters, un peu à la Snatch. Les personnages farfelus sont aussi de la partie affublés de surnoms plus ou moins douteux (la Folle, le Rabbin, le Boss). L'enchaînement des scènes se déroule avec beaucoup de rythme, avec un petit grain de folie á la Snatch (dans un moindre degré bien entendu).
De plus, la réalisation est vraiment surprenante. Les plans sont très soignés (la scène d'ouverture par exemple avec Bruce Willis qui parle avec un jeune à la gare routière), les décors également avec une prédominance de marron. Les look des personnages sont également très soignés, au style un peu ancien et bien sûr, couleur marron (pulls à carreaux chaussettes, veston, petite cravate, chemise sous le pull, béret marron, imperméable Columbo etc...), sauf pour Lucy Liu (avec plus de rose). Les appartements ont un style vraiment à part, avec des papiers peints très années 70, des pièces qui n'ont pas de porte (parfois deux entrées), ou encore les tours où vivent le Boss et le Rabbin complètement marrons, identiques et un intérieur impressionnant. Vraiment chapeau pour l'esthétique du film. Les plans au début du film sont parfois originaux, avec une petite ressemblance avec Snatch.
Le casting est très bon au niveau des personnages principaux. Josh Hartnett, avec ses airs de Brad Pitt (et fanservice, monsieur se balade quand même avec seulement une serviette autour de la taille pendant un bon tiers du film) incarne un personnage plein de flegme, ce qui lui va bien. Lucy Liu, en voisine qui ne se gêne pas, est plus fraîche que d'habitude et on lui découvre un certain charme (autre que la classe dominatrice). Le couple Josh Hartnett/Lucy Liu n'est pas mal assorti au final alors que je les voyais mal ensemble au début (et puis pour une fois ils sont mignons sans être niais). Bruce Willis le personnage le plus énigmatique du film et fait penser à Mon voisin le tueur. Morgan Freeman en vieux parrain de la mafia est également bien vu.
Les qualités sont nombreuses au début mais rapidement, à la moitié du film, le suspense est plus présent et exit l'humour complètement dingue et la vivacité du début. Exit les caméras aux vues sympathiques et place donc au sérieux, le pourquoi du comment, l'histoire quoi. Et là, le film en pâtit. En perdant son petit grain de folie, le film devient plus linéaire, très monotone même au niveau de la caméra. Les petits soins esthétiques apportés aux décors (on aime les couloirs dans ce film) ou aux vêtements ne fonctionnent plus, le spectateur étant habitué. Les réunions chez le Boss et chez le Rabbin ne sont plus aussi drôles et le mystère en devient un peu plus lourd car finalement, pas si intéressant. Bref, Slevin devient malheureusement beaucoup plus convenu après un début très réussi.
Le scénario aurait pu tenir en haleine mais le spectateur finit par comprendre toute l'histoire peu avant le déballage de révélations. Or, c'est ce moment de révélations qui aurait dû surprendre le public mais là encore, le sens du rythme n'est pas maîtrisé et ces révélations tombent à plat. D'autant plus que cette fin est hyper longue, les révélations étant distillées au compte-goutte alors qu'elles ont perdu leur effet de surprise aux yeux du spectateur. C'est vraiment la grande déception de Slevin pour moi car même la fin est convenue et cette histoire l'est également au final (une simple vengeance dont on se doutait depuis quelques temps mais voir Bruce Willis en moustache des années 70 est plus que drôle on dirait qu'elle se décolle...). Slevin aurait pu surprendre si le rythme était mieux dosé avec un milieu un peu moins long et puis une fin arrivant un peu plus tôt, avant que le spectateur n'ait déjà assemblé le puzzle car là est quand même le but d'un thriller.
Au final, après un début palpitant dont on espère beaucoup, le film se dégonfle et devient très monotone dans sa réalisation. Les effets de caméras bien foutus finissent par lasser au bout d'un moment, le spectateur s'étant habitué. Sans oublier une fin qui arrive quand on a tout compris, détruisant l'effet de surprise (en plus, c'était lors d'une nuit blanche... en étant plus en forme, j'aurais sûrement deviné plus tôt). Dommage que le réalisateur n'ait pas eu le sens du rythme sur Slevin. Néanmoins, je garde tout de même d'excellents souvenirs du début faisant penser à Snatch avec moins de folie. Certains ont qualifié Slevin de pompage de Tarantino mais je le trouve plus proche d'un Guy Ritchie (mais on l'accuse déjà de pomper Tarantino dans Snatch, chose que je ne trouve pas, Tarantino n'a pas inventé les films de truands ridicules). [NB: cette note aurait dû paraître après Le bon, la brute et le truand.]
Merci à Kawata, Sop, Ryo, Zushi