Inugami - Le réveil du Dieu Chien

Fumiki est un lycéen rêveur qui aime la poésie. Comme tous les jours, il se rend à son refuge, une usine abandonnée. C'est là qu'il rencontre un chien au chiffre "23" tatoué sur l'oreille. Au début apeuré, Fumiki s'aperçoit que ce chien arrive à communiquer avec l'homme. Fumiki se lie d'amitié avec ce chien qu'il baptise 23.
En même temps se produisent des événements mystérieux, dont un virus se propageant dans la ville où Fumiki habite. De plus, 23 n'est pas un chien comme les autres puisque le PDG de l'entreprise pharmaceutique Kurata le recherche pour ses cellules contenant le fameux gène 23. Kurata est accompagné d'un maître Shinto du nom de Kiryû. Celui-ci, très mystérieux, semble avoir d'autres desseins concernant 23.
Avis : 
Au départ intitulé Le Réveil du Dieu Chien, Akata renommera la série en Inugami à partir du volume 6. A cela s'accompagne également tout un changement de design pour les couvertures. Inugami est un shônen manga de Masaya Hokazono dont l'histoire se déroule sur 14 volumes. Il s'agit d'un des premiers titres chez Akata mais son échec commercial est tel que les changements de titre et de couverture s'imposent afin de booster les ventes. Malheureusement, cela ne changera pas grand chose. Il faut avouer que les couvertures ne sont pas vraiment attirantes et le dessin non plus lorsqu'on parcourt le manga. Moi-même je n'ai jamais accordé d'attention particulière à Inugami même si je voulais le lire par curiosité.
Graphiquement, Inugami se révèle moyen: ni moche ni beau. C'est tout à fait commun avec quelques maladresses. Des personnages au faciès manga, un héros à la tête la plus banale possible dont on ne se souvient pas après avoir fermé le manga (il a un petit air de Koyuki dans Beck). En revanche, je trouve les animaux très bien dessinés, au design très réaliste. On voit que l'auteur aime beaucoup les chiens, comme en témoigne son courrier des lecteurs qui à s'y méprendre au courrier des lecteurs de 30 millions d'amis. Un manga à l'apparence tout à fait commune et qui n'attire pas l'attention dans les rayons, ce qui expliquerait son échec surtout qu'on est submergé par la masse de manga arrivant chaque mois (même si ce ne fut pas aussi intense que maintenant, cela n'empêchait pas la difficulté de suivre toutes les sorties manga). De plus, l'histoire n'est pas vraiment attirante en apparence puisqu'elle commence par l'amitié entre un garçon et un chien... enfin, ça dépend de qui mais tout donne l'impression qu'Inugami s'adresse aux lecteurs de 30 millions d'amis.
En fait, il faut prendre la peine de lire Inugami et pas seulement le feuilleter car on y découvre une ambiance plutôt sombre et mystique, et ce dés le début du manga. 23 est un personnage plus qu'étrange, on ne sait pas d'où il vient et sait parler. Sans parler de tous ces meurtres et ce mystérieux virus qui se propage dans la ville où vit Fumiki, et ce depuis l'arrivée de 23 dans la vie de notre lycéen. On se pose donc des questions dés le premier volume qui est accrocheur si on se plonge dedans, donnant tout de suite envie de lire le suivant, et cela sera de même pour toute la série. Car la narration de Inugami est efficace et tient le lecteur facilement en haleine. Le suspense est présent tout au long de la série: 23, Kiryu, le Togenkyo. D'ailleurs, la série est bercée par les mythes et légendes que ce soit shintoïste par le Togenkyo, le dieu chien et Kiryu ou encore la mythologie nordique avec l'arbre de vie. Tout cela confère une atmosphère particulière à Inugami où le moderne côtoie les mythes.
Autre point dans Inugami, l'importance de la science. La pharmaceutique et la biologie en particulier. Apparemment, cette inquiétude de la science sur notre monde fait partie des thèmes fétiches de Masaya Hokazono comme en témoigne Emerging récemment paru en France. Inugami est donc un manga de science fiction. Les interrogations et réflexions telles que la science dans notre monde, le progrès scientifique qui détruit notre planète sont au centre de Inugami (ça fait un peu penser à X de CLAMP d'ailleurs). On retrouve aussi des scientifiques qui ne respectent pas la vie, tout étant bon pour satisfaire soit une soif de savoir soit une cupidité (PDG de l'entreprise pharmaceutique). Il y a dans Inugami cette idée de l'Homme qui détruit et ne respecte pas la Terre, et que l'Homme en sera puni. Inugami est un manga insistant donc sur l'importance du respect de la nature. Inugami revêt aussi un aspect apocalyptique sur la fin, tranchant un peu avec le début de l'oeuvre. Enfin, le trait du mangaka s'affine pour donner un style plus aéré, plus rond au niveau des visages et des yeux plus gros.
L'histoire d'Inugami est riche en événements. Malgré tout, Masaya Hokazono fait souvent appel au gore (sang, explosions de corps, combats etc...) pour illustrer son manga. Cela donne donc une impression de violence gratuite et le sang finit légèrement par lasser le lecteur (autour du volume 5). Avec une telle violence, on a du mal à croire qu'il s'agit d'un simple shônen, et même l'histoire ne donne pas cette impression. Autre petit défaut, l'avancement de l'intrigue qui stagne légèrement à l'apparition des autres chiens. Il y a aussi le personnage féminin qui ne sert finalement pas à grand chose à part suivre le héros et le soutenir, défaut que l'on observe souvent dans les shônen. Fukimi est un héros classique très fade qui n'est là que pour servir le récit. En revanche, 23 est vraiment charismatique. Une grande qualité d'Inugami est sans doute son côté très attachant et personnel. On voit bien que Masaya Hokazono a fait une oeuvre qui lui tenait à coeur et pleine de sincérité. Et ce petit plus est pour moi non négligeable, faisant d'Inugami une lecture dont on se souvient.
Inugami est une oeuvre plus riche qu'il n'y paraît. L'histoire est finalement très intéressante et surtout prenante à condition d'émettre la volonté d'essayer le premier volume. Les événements s'enchaînent et on n'a qu'une envie: connaître la suite. C'est donc très efficace. L'oeuvre fait aussi preuve d'une certaine maturité, j'ai été étonnée de savoir qu'il s'agissait d'un simple shônen, pas uniquement par sa violence mais aussi par son scénario. Inugami est avant tout un manga d'intrigue car les personnages sont plutôt fades. La série ne méritait pas un tel flop en France, son défaut était sans doute ce côté passe-partout, Inugami n'avait finalement pas grand chose pour se démarquer de la concurrence (mais beaucoup de manga moins intéressants ont eu plus de succès malheureusement). Enfin, cette note traînait sur le disque dur depuis plus d'un an et j'ai choisi de le publier, même en ayant perdu une bonne partie de mes brouillons (donc encore une note sans précision, toujours préférable aux oubliettes).
Merci à Kawata