Gokinjo - Une vie de quartier

Mikako est une jeune fille qui rêve un jour de créer sa propre ligne de vêtements. Aussi, elle est scolarisée à l'Institut Yazawa en section stylisme, avec ses amies Risa et Pî-chan. Tsutomu est son ami d'enfance et habite dans le même immeuble qu'elle depuis toujours. Lui aussi est scolarisé à l'Institut Yazawa.
Mikako et Tsutomu ont toujours été très proches mais tout se complique depuis que Tsutomu a du succès auprès des filles surtout qu'il sort maintenant avec Mariko (surnommée Body-Ko pour son beau corps), la fille la plus belle de l'établissement. Mikako ne semble pas apprécier et se pose des questions sur la nature des sentiments qu'elle éprouve pour Tsutomu.
Mikako va devoir apprendre à supporter Mariko, surtout qu'elle devient de plus en plus proche du groupe avec la création de l'association Akindo par Tsutomu, Jiro et Yusuke. En effet, Mikako, Risa, Pî-chan, le jeune frère de Mariko Shintaro et Ayumi font partie de ce petit groupe qui vend leur créations au marché.
Avis : 
2004 est l'année de la consécration pour Nana. C'est ainsi que la mangaka Ai Yazawa devient très célèbre en France et que Delcourt, poursuivant sa politique des auteurs, nous fait découvrir un titre plus ancien, Gokinjo - Une vie de quartier qui a pour sujet ce que la mangaka adore: la mode. Gokinjo Monogatari a aussi été adapté en anime au Japon. En même temps, Kana profite aussi de la notoriété de Ai Yazawa pour éditer un autre titre sur la mode, il s'agit de Paradise Kiss. Ce dernier n'est autre que la séquelle de Gokinjo (quelques années plus tard) et les deux séries sortent malheureusement en même temps. Bien entendu, Paradise Kiss peut se lire sans Gokinjo vu que les héros ne sont pas les mêmes mais on entrevoit ainsi le devenir de certains héros de Gokinjo, où on trouve à la fin de la série l'introduction de ces nouveaux héros. Cela est dommage pour les petites subtilités même minuscules de Paradise Kiss. De plus, les deux séries se terminant, il n'y a pas d'autre titre de Ai Yazawa pour contenter les fans, on passe de trois titres simultanés de Yazawa pour en revenir simplement à Nana. L'année scolaire 2004-2005 a représenté pour moi une forme de "déferlante Yazawa" avec tout plein de gens qui se déclaraient "fan de l'auteure". Gokinjo est une série terminée en 7 volumes et Paradise Kiss en fait 5.
Alors que Nana est nationalement célèbre pour sa maturité avec ses héros au seuil de l'âge adulte, Gokinjo revient à un milieu plus adolescent, comme en témoigne déjà la couverture très colorée. Néanmoins, on reconnaît d'emblée le style de Yazawa par le dessin particulier mais aussi par cette présence constante de l'art chez Yazawa. Ainsi, même scolarisés, nos héros ne sont pas inscrits dans un lycée lambda mais vont en cours dans un institut d'art, où différentes options existent. Notre héroïne, Mikako Koka, rêvant de fonder sa marque de vêtements Happy Berry, Gokinjo a pour thème plus central celui de la mode. Mais on ne s'arrête pas là: la musique est également de la partie avec Takeshi (le couple Takeshi-Risa fait penser à Ren-Nana par leur style mais aussi leur côté débrouillard: ils vivent ensemble alors qu'ils sont jeunes), la photographie par le père de Mikako et Tsutomu ou encore la mère mangaka de Mikako.
Gokinjo est une série visant un public de jeunes adolescents (prépubliée dans le magazine Ribbon au Japon) avec donc la découverte du sentiment amoureux, le passage de cette relation d'amitié d'enfance à un amour. Pour une fois, grâce à l'institut d'art, les uniformes ne sont pas de rigueur dans un shoujo, laissant donc à Yazawa la possibilité de coiffures ou tenues fashion. On reconnaît dans Gokinjo de futurs éléments qui feront Nana en particulier par les personnages. Ainsi, même si on est dans une tribulation où les héros sont Tsutomu et Mikako, un petit groupe gravite autour d'eux et les relations de chacun sont tout de même bien approfondies. Yazawa ne se focalise pas que sur le couple principal là où d'autres shoujo de ce type (le premier amour) s'en contentent. Tout le petit groupe existe et ont des interractions, chaque personnage a plus ou moins droit à son histoire, à ses sentiments et à son heure de gloire. On reconnaît aussi des personnages qui formeront ceux de Nana que ce soit par le design (on remarque de toute manière qu'un mangaka se recycle toujours plus ou moins à ce niveau xD) ou par les caractères.
Dans Gokinjo, plusieurs facettes de l'amour chez l'adolescent sont développées. Ainsi, on a ce passage de l'amitié à l'amour, Mikako découvre ce sentiment nouveau et ne sait pas trop comment le gérer: est-ce de l'amour ou simplement de l'attachement du fait que Tsutomu et elle soient amis depuis pratiquement leur naissance? Le temps des premiers amours, de la découverte de la jalousie lorsque d'autres filles regardent Tsutomu sont abordés par le personnage de Mikako. On a aussi l'autre amour, celui du personnage de Body-ko ou Mariko. Celle-ci flirte beaucoup et ne sait finalement pas vraiment à quoi ressemble l'amour. A côté de ce couple principal, Mikako et Tsutomu, on a donc une autre tribulation: un triangle amoureux entre Mariko, Yusuke et Ayumi. Sur le thème de l'ami d'enfance, Body-ko revient aussi avec Shû qui est sans doute son premier amour. Gokinjo montre la difficulté d'une amitié forte entre une fille et un garçon à cet âge où les sentiments sont encore confus (et en pleine ébullition :p) mais parle aussi globalement de l'amitié avec une Mikako qui a du mal à s'ouvrir vraiment avec les autres.
Le petit groupe d'amis dans Gokinjo est globalement intéressant. Les caractères diffèrent, les relations ont un certain piquant (aaah mais qui Yusuke va-t-il choisir? :p), les personnages sont nombreux et en constante évolution, personne de trop stéréotypé. Malheureusement, certains sont très en retrait comme Pî-chan et Jiro qui sont là juste pour que Tsutomu et Mikako aient des amis. Il y a aussi le petit frère de Body-ko, Shintaro, qui ne sert finalement à rien si ce n'est pour dessiner un personnage avec des dreads. Yazawa arrive cependant à compenser ça avec un certain humour notamment avec la fin (le fameux "j'ai grandi! j'arrive à sortir sans François (sa poupée hahaha) désormais" dit Pî-chan -> phrase effrayante xD, d'ailleurs les deux sont les seuls à n'avoir ni vieilli ni changé, et on ne parle pas vraiment de leur avenir alors que tous les autres ont brillamment réussi. Je ne me souviens plus du devenir de Shintaro mais si j'en crois des bribes il a sûrement repris l'affaire familiale). J'observe aussi un petit regret à propos de Tsutomu: il est gentil et quand même assez lisse, il n'a pas autant de présence que les autres personnages développés. Les relations se construisent petit à petit comme l'amitié difficile entre Mariko et Mikako. Le triangle amoureux est tout de même plus intéressant que l'histoire d'amour Mikako-Tsutomu car en tant que héros et héroïne, la règle va de soit: ils doivent finir ensemble :p.
Mais l'amitié n'est pas le seul point dans Gokinjo. Le voisinage est également un thème central de cette série. Ainsi, on voit se dessiner une sorte d'environnement très idéal, très rose bonbon et donc sitcom. Depuis sa tendre enfance, tout le monde veille sur Mikako et Tsutomu tels le concierge Noriji (non ce n'est pas un obsédé ;p), le barman Toku toujours là pour écouter et conseiller ou simplement les parents de Tsutomu et Mikako, amis et voisins de pallier qui fêtent l'anniversaire de leurs enfants ensemble. Les deux amis ont grandi dans un environnement idéal, une sorte de cocon où tout le monde connaît tout le monde. On retrouve par rapport à Nana une certaine insouciance. Tout le monde sourit dans Gokinjo, il n'y a pas de "méchant", tout le monde est gentil et cela crée une ambiance parfois au bord de la mièvrerie. D'après Delcourt, Yazawa voulait montrer avec Gokinjo l'importance de bonnes relations de voisinage. (Même en dehors du quartier, en Angleterre... idéalisée et très romantique! Rien à voir avec une métropole européenne lambda xD). Par ailleurs, un peu comme dans Paradise Kiss, Yazawa nous fait partager les tourments de l'adolescence, un âge difficile où en plus de connaître de nouveaux sentiments, il faut aussi prendre des décisions pour l'avenir (Tsutomu, Mariko). Yazawa réussit à mettre l'accent sur ce thème important du devenir professionnel alors que l'on a souvent droit à un bonheur court terme dans les shoujo dont la finalité est l'amour.
L'humour de Yazawa n'a finalement pas évolué, on retrouve la même chose dans Nana, Gokinjo et Paradise Kiss. Toujours des mini-remarques à côté du personnage, cet humour "coulisse d'un manga" qui se moque légèrement du shoujo, donnant parfois des planches chargées. Les dessins de Yazawa sont toujours aussi particuliers, pas trop de petites étoiles scintillantes (sauf pour l'être de lumière Seiji qui en est une grosse parodie :p monsieur sait tout faire, il est beau et on n'est sûr de rien concernant sa sexualité xD). Le trait est légèrement gras mais on est loin des couvertures qui peuvent repousser. La narration estampillée Yazawa est toujours aussi présente, très directe, mais si les quatre premiers volumes ne traînent pas en longueur, il est tout de même regrettable que les suivants soient plus mous, en particulier avec une Mikako qui change beaucoup. Sa personnalité très sympathique (ses "Warp" :p) laisse place à autre chose dés qu'elle connaît le sentiment amoureux, ce qui me fait souvent penser que les héroïnes perdent souvent du caractère dés qu'elles sont en couple dans les shoujo. Celle-ci devient malheureusement une fille pseudo-classique qui se prend la tête en se demandant si elle est ou non un boulet avec une histoire traînant en plus en longueur (et la décision London ou pas agace sur deux volumes -__-).
Gokinjo est un shoujo plutôt bien fait sur l'adolescence en globalité: les relations avec la famille, l'amitié, l'amour et aussi le choix d'avenir. Rares sont les shoujo abordant autant de thèmes, surtout pour le public visé où la finalité n'est que l'histoire d'amour entre l'héroïne et son prince charmant. Les personnages sont attachants et vivants puis surtout, ils sont presque tous approfondis. Yazawa accorde une importance particulière au devenir professionnel de chacun, on a aussi droit à un épilogue qui fait introduction à Paradise Kiss (on sait donc que Arashi n'est autre que le fils de Risa et Takeshi, que Hiro est le fils de Toku, que Miwako est née après la réconciliation des parents de Mikako, Hamada était déjà la prof sévère de Mikako avant Miwako puis on connaît l'origine de l'être de lumière Seiji qui... n'a pas vieilli xD, on sait pourquoi Mikako a les cheveux courts :p). Le tout repose sur un univers rose bonbon très mignon qui a son charme (Kuro est mon personnage préféré au passage :p) même si un peu trop mièvre et idéal (tous ces sourires ^^;). Gokinjo est donc un manga fort plaisant et plutôt riche vu le public visé. Malgré le tapage Yazawa qui m'a quand même bien agacée, je dois admettre qu'elle a un certain talent pour créer des personnages vivants. (Encore une fois, une note chaotique que je publie malgré tout, depuis le temps qu'elle était prévue)
Merci à Sop