Miracleman
![]()
Mike Moran est un journaliste indépendant. Marié, il a du mal à joindre les deux bouts et doit travailler, malgré les migraines qui l'assaillent. Car depuis quelques jours, Mike dort mal. Dans ses rêves, il est Miracleman, un super héros aux pouvoirs très puissants. Il vole dans l'espace, accompagné par Young Miracleman et Kid Miracleman, ses amis super héros également.
Un jour, lors d'une prise d'otage, Mike Moran prononce le mot étrange de "Kimota" (atomic à l'envers). Celui-ci se transforme alors en Miracleman et se souvient de son passé de super héros.
Avis : 
Portant le nom de Marvelman à l'origine, cette série a été publiée pour la première fois en février 1954. Mais il faut remonter aux années 40 pour parler des origines de Miracleman. Avec le succès de Superman, Fawcett Comics a inventé la série Captain Marvel. Le costume, la cape, les couleurs ressemblaient à ceux de Superman mais l'identité véritable de ce héros était un adolescent, et non un reporter timide. De plus, Captain Marvel comportait un certain humour. La série se vendait mieux que Superman et DC Comics a poursuivi Fawcett Comics en justice. Fawcett Comics finit par abandonner Captain Marvel en 1953.
En Angleterre, Captain Marvel fut aussi publié mais en noir et blanc. En 1954, Fawcett Comics stoppe la publication en Grande Bretagne. C'est à ce moment que naît Marvelman, un dérivé de Captain Marvel écrit par Mick Anglo. La série s'arrête en février 1963. Il faut attendre 1982 pour que le magazine anglais Warriors publie des épisodes de Marvelman. C'est Alan Moore qui se charge du scénario, accompagné des dessins de Garry Leach et Alan Davis (que l'on retrouve également sur Wolverine: Possession). Alan Moore livre une version plus noire et adulte de Marvelman, celui-ci est maintenant adulte et n'a aucun souvenir de sa vie passée.
Entre temps, Marvel Comics est devenu célèbre aux Etats-Unis et devient une marque déposée. Lorsque la partie Alan Moore sort en volume reliée aux Etats-Unis, Marvelman est alors rebaptisé Miracleman pour éviter un procès. Elle est coloriée, et toutes les bulles se référant à Marvelman sont corrigées en Miracleman. C'est cette version que Delcourt a éditée en France dans un volume relié qui n'a jamais eu suite, alors que la série a continué avec Neil Gaiman succédant à Alan Moore pour le scénario.
Je ne connaissais pas du tout Miracleman mais Alan Moore étant scénariste, j'ai voulu y jeter un coup d'oeil. Miracleman tient ses promesses de comics "adulte" avec un super héros qui a vieilli et tous les problèmes qu'il rencontre lorsqu'il comprend la nature de ses pouvoirs. Le scénario est bien plus complexe qu'on peut le penser, Miracleman ne passant pas son temps à sauver le monde. Après sa transformation, Mike n'arrive pas à retrouver une vie normale, il se pose beaucoup de questions quant à son alter ego. C'est un personnage très humain qui se pose aussi des questions sur son avenir et sur sa vie conjugale. Mike a vieilli mais Miracleman est resté le même, toujours jeune. Ainsi, Alan Moore révèle dans ce cycle de Miracleman le passé et les origines de Miracleman. Le scénario est mené de main de maître et l'ambiance est sombre et très adulte. De plus, la narration est efficace, j'ai accroché dés les premières pages et je voulais en savoir plus.
Tout cela est souligné par le dessin précis et détaillé, pas forcément beau (je trouve les planches assez rebutantes) mais donne un côté adulte à l'ensemble. L'ambiance sombre est appuyée par les couleurs (la coloration de Miracleman a fortement réussi) avec beaucoup de noir, violet ou bleu foncé. On a droit à beaucoup d'ombres et surtout les jeux de silhouettes lors de l'épisode où les origines sont révélées. Pendant tout le chapitre, sur la même hauteur et une bande, on a une table avec des personnes discutant et on n'aperçoît que leurs silhouettes. Une mise en page qui ne s'oublie pas, car les cases montrant Miracleman sont entrecoupées de ces scènes, rendant la narration poignante.
Le gros défaut, c'est la fin. Car la fin du volume n'est pas la fin de la série, le tout s'arrête assez brutalement et la suite n'a jamais été publiée en France. C'est dommage car la série était réfléchie et les origines de Miracleman et la perte de sa mémoire est originale. Alan Moore nous montre ici avec Miracleman son talent de scénariste, futur auteur du cultissime Watchmen.
En feuilletant le comics, on pense à une espèce de Superman, héros en collant et slip aux couleurs voyantes et sauvant le monde. Miracleman est en fait bien plus travaillé et fin, un comics d'une grande qualité. Du super héros à la sauce adulte avec un héros qui a vieilli, thème que poursuivra d'ailleurs Alan Moore dans Watchmen. Du comics sombre et humain au scénario bien mené. Miracleman est une série à lire malgré le dessin vieillot. De plus, ce fut pour moi l'occasion de lire un comics britannique.