Icare

Publié le par a-yin

Dans un Japon futuriste, les attentats d'êtres créés in vitro font rage. C'est à cette époque de troubles que naît un bébé capable de voler. Le général de l'armée garde alors le nourrisson et le baptise Icare. Icare reste enfermé avec des scientifiques pendant vingt ans. Mais au contact de Yumiko, Icare commence à concevoir des rêves de liberté et souhaite voir le monde.

Avis :

Sorti dans la collection Made In chez Kana, Icare est une bande dessinée réalisée par deux grands noms du milieu: Moebius pour le scénario et Jiro Taniguchi pour les dessins. Icare est une histoire née en 1989 dans la tête de Moebius et a donc pris beaucoup de temps à se développer. Au final, après avoir attendu impatiemment la sortie d'Icare pour la présence de Moebius mêlé aux dessins de Taniguchi, je suis légèrement déçue. On obtient une histoire de science fiction plutôt classique, avec beaucoup d'action mais peu de réflexion. Venant de Moebius, je m'attendais à quelque chose de plus ambitieux, surtout que le projet a mis beaucoup de temps à mûrir dans sa tête.

Les dessins sont surprenants de la part d'un Taniguchi. On connaît surtout cet artiste pour son trait serein, ses histoires plus intimistes. On y découvre ici un Taniguchi animé par la fougue avec beaucoup de scènes d'action au découpage typiquement manga (cases, lignes de vitesses). Le travail de Taniguchi est très bon mais je n'arrive pas à l'apprécier, lui trouvant une certaine froideur. J'ai surtout eu l'impression qu'Otomo aurait pu dessiner Icare, que cette oeuvre lui allait finalement bien plus. Le Taniguchi de Icare est très inspiré par Otomo, même au niveau des expressions des visages (ce qui donne le côté parfois peu naturel, combiné au style Taniguchi). Les visages des personnages sont en correspondance avec les personnages, on reconnaît d'emblée les bons des méchants.

Les personnages d'Icare sont manichéens. On a donc le scientifique qui veut protéger le bonheur d'Icare et celui qui fait passer son ambition scientifique, son désir de savoir. La jeune, douce, jolie assistante très compréhensive fait penser à toutes les héroines de manga (la fille idéale japonaise?), une fille qui veut avant tout le bonheur de Icare. Icare est pur et fait tout ce qu'on lui demande, mais, grand classique, l'amour lui ouvrira les ailes (hum manière de parler ^^;). Le personnage est finalement assez creux, son but étant finalement de voler dans les pages d'Icare en portant secours à celle qu'il aime. On a néanmoins un personnage qui reste du projet original de Moebius: cette femme général à la sexualité spéciale, aimant distribuer des fessées. Mais encore une fois, ce personnage est très peu développé, comme tout le reste. L'action est donc privilégiée au détriment des personnages. J'aurais préféré une oeuvre plus nuancée, surtout qu'il s'agit du genre science-fiction et que Moebius était dedans.

L'univers n'est pas développé non plus. On sait juste qu'il s'agit d'un Japon futuriste. Mais quand on lit l'interview de Moebius, on apprend que l'homme avait pensé un univers développé jusqu'aux moindres détails. Que ce soit la politique, l'architecture, la société et même les moeurs sexuels de la population. De cet univers, il ne reste rien. L'histoire aurait pu se passer n'importe où, seul Icare figure dans l'oeuvre. De l'armée, on ne sait finalement rien, on ne voit que le général deux fois dans l'histoire. On peut penser que ce partenariat avec les Japonais a sûrement réduit les ambitions de Moebius, le projet ayant beaucoup évolué au fil du temps. Je ne reconnais pas de style Moebius bien que je n'ai lu de lui qu'un seul ouvrage. Non, Icare est pratiquement une oeuvre japonaise, je ne vois pas de métissage, de sensibilité occidentale mélangée à une sensibilité japonaise. La fin de l'histoire arrive assez rapidement, comme un cheveu sur la soupe, on a l'impression qu'il y a un volume suivant. Une fin de l'histoire qui correspond uniquement à une fin de l'action...

Je nourris un certain regret quant à Icare, surtout venant d'une telle collaboration. On pourra dire que le métissage n'a finalement pas lieu. Icare aurait dû être une oeuvre unique, un mélange entre le savoir faire occidental et le savoir faire japonais par deux grands noms. Finalement, Icare est une oeuvre banale et divertissante, une histoire d'action (et d'amour) se déroulant dans un décor science fiction. Du dessin aux personnages en passant par la narration, tout y est japonais et classiquement manga. De plus, l'oeuvre propose finalement peu ou pas de réflexion, ce qui est décevant pour de la science fiction. On n'a qu'une vision: manicchéenne, avec un gentil Icare et ses méchants geôliers qui ne le laissent pas respirer. Icare n'est pas une oeuvre particulièrement réservée aux adultes, elle peut se lire à n'importe quel âge (sauf peut-être la femme général). Pour ma part, Icare constitue un pétard mouillé. D'ailleurs, le succès a été mitigé au Japon et les deux auteurs ne sont pas non plus satisfaits par le dénouement. Ils seraient d'accord pour une suite.

Merci à Zushi

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Publié dans Manga & Co

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S
Malgré le format & l'épaisseur, j'ai trouvé que Icare était plutot rapide à lire, pas beaucoup de blablas, je n'ai pas ressenti le coté poétique de l'oeuvre, dommage que cela ne se finisse pas & que cela soit aussi classique comme histoire finalement...
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B
Excellent, un album de Moebius !!!
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P
Je pense que Taniguchi a volontairement adapté son trait pour qu'il ressemble à celui d'Otomo,  suite à une demande de Moebius ou  en apprenant que celui-ci lorgnait sur une ambiance proche de celle d'Akira. Ce qui est bien dommage car je trouve que cela dénature les dessins de Taniguchi.Comme tu dis, on est frappé par le coté manichéen des personnages qui sont davantage des archétypes et aussi par la brièveté de l'histoire. On se prend à rêver à ce qu'aurait pu être cette série si Moebius et Taniguchi avaient pu continuer. En même temps, ce que je trouve dommage, c'est que les deux auteurs travaillaient à distance l'un de l'autre sans contact direct  (ce qui nuit à une bonne communication). En plus, on apprend que la pression était très forte de la maison d'édition qui a imposé des contraintes à Taniguchi.Au final, cette oeuvre, bien que ratée comparé à ce qu'elle aurait dû être, possède toutefois de très beau moments merveilleux comme à chaque fois que notre Icare prend son envol.
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A
Je pense comme toi au sujet du trait de Taniguchi. Enfin, je trouve que l'histoire, l'univers faisaient complètement Otomo. Enfin, il y a en effet de bons moments mais... il n'y a pas que Taniguchi pour la pression mais aussi Moebius qui n'a fait que des modifs sans cesse vu que les Japonais ne voulaient pas ceci ou cela. Et je te rejoins concernant la communication mais les éditeurs jap sont tellement puissants :/