Dans Mariée par correspondance, Mark Kalesniko nous conte l'union du Canadien Monty avec la belle Coréenne Kyung. Lui, 39 ans, toujours puceau (cela ressemble à un titre de film...), tient un magasin de comics et vit au milieu de sa précieuse collection de jouets (il faut voir sa maison pour le croire). A travers des fantasmes véhiculés par ses magazines porno, il va commander une épouse par correspondance après avoir lu les mots tels que "laborieuses", "simples", "exotiques", "traditionnelles", "obéissantes" pour décrire les femmes asiatiques. Débarque ainsi Kyung de Corée du Sud. Première déception: elle est grande et n'a pas d'accent. Malgré tout, le mariage se fait quand même et Monty va découvrir que sa petite "poupée asiatique" n'est pas comme il l'imaginait.
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Si au départ, Kyung subit les exigences de son mari (vêtir le rôle de petite employée dans la boutique, accepter ses fantaisies sexuelles - port de la robe traditionnelle coréenne lors de l'acte, ne pas sortir le soir - trop de "bandits" dans les rues de la petite banlieue calme de Bandini, voir les amis de son mari - tous ayant au moins la soixantaine donc je vous fais pas un dessin), elle va très vite se poser des questions et se libérer lorsqu'elle fait la rencontre d'une Asiatique née au Canada: la photographe Eve Wong. Si cette libération féminine fait du bien à Kyung, il n'en est pas de même pour Monty qui lui refuse toute fréquentation avec ses camarades de la fac d'histoire de l'art en qui il ne voit que de mauvaises personnes (ceux qui par le passé le laissaient tout seul au lycée - Monty a toujours été incapable de développer la moindre amitié visiblement). Le tout se finit en drame, dans une bagarre où s'affrontent mari et femme, avec un final nous faisant retourner aux premières pages de l'ouvrage.
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Mariée par correspondance aborde un regard particulier sur le mariage interracial. Si d'autres histoires accentuent souvent la différence de culture, il n'en est pas de même ici. Au contraire: Kyung s'adapte très bien à la vie canadienne, elle parvient vite à tisser des relations sociales donc la question ne se situe pas là. C'est même l'opposé: Kyung n'est pas assez "traditionnelle" selon Monty, trop "occidentalisée", elle n'a même pas d'accent (pas assez exotique, elle est trop grande aussi tiens). En fait, du début à la fin, on ne saura rien de Kyung: à part ce "changement d'air", on ne sait pas vraiment ce qu'est venu chercher la jeune femme en acceptant de se marier avec un geek au Canada (elle cherchait apparemment à fuir la Corée, terre qui, selon elle, appartient au "passé"). Mark Kalesniko met ainsi le doigt sur un autre phénomène: la "fièvre jaune" ce fantasme de l'Asiatique soumise et obéissante, celle qu'on voit souvent dans les shônen manga sentimentaux (vous savez, cette douce poupée bien roulée qui fait la cuisine au héros avec son tablier, qui se plie à ses quatre volontés). Et Kalesniko semble nous dire: "non, les femmes asiatiques ne sont pas comme on nous le fait croire, la réalité est autre".
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Et puis, il y a Monty. Un personnage pathétique comme pas deux: puceau à 39 ans, geek attardé ayant cessé de grandir, relations sociales néant si l'âge ne dépasse pas soixante, lâche comme pas deux, manque de virilité, de confiance, pas mature pour un sou, un mec ennuyeux et aigri par la vie (il refuse de connaître les amis de Kyung qu'il catalogue de suite comme ces gens populaires au lycée qui lui ont mené la vie dure). Monty se montre blessé dans sa virilité et toute cette frustration se tourne sur Kyung: il est autoritaire avec elle car asiatique donc obéissante donc forcément, il peut être virile face à elle. Avec Kyung (ou une poupée asiatique), Monty se sent homme. Malheureusement, ce sera de courte durée: il n'y a qu'à voir ces regards fuyants à chaque question que Kyung pose (l'âge de ses amis, les sorties le soir) ou encore face à sa famille (qui le qualifie souvent d'inutile, d'ailleurs la première réaction de celle-ci face à ce mariage est la joie et surtout un message de "bon courage" adressé à Kyung).
Les personnages sont très bien cernés, tous deux ont leur particularités. Monty est flippant, très flippant. Je le trouve limite malsain. Mais en même temps, jamais Kalesniko nous fait la morale sur ce personnage, Monty me fait froid dans le dos mais peut-être pas à d'autres. C'est aussi un des points forts de Kalesniko, outre cette narration qui fait lire tout l'ouvrage d'une traite malgré des dessins longilignes à l'aspect "fouillis" auxquels il faut s'habituer (ce n'est pas réellement "beau" ni "moche" mais ce fouillis donne une certaine impression de mouvement). Le final est aussi assez inattendu (cette bagarre, ces engueulades et finalement... cette fatalité routinière à laquelle ni l'un ni l'autre ne peuvent échapper car trop lâches). Dans un sens, cet ouvrage semble assez pessimiste, Kalesniko ne laisse pas place à l'espoir.
Outre une histoire d'amour, et ce mariage étrange, Kalesniko donne un "portrait" des Asiatiques nés outre-Atlantique: comme le dit Kyung, ceux-ci "ont confiance", ils sont différents des Asiatiques qui regardent souvent le passé, trop attachés à une lourde tradition (tradition dont elle semble vouloir se défaire). Chose que j'ai remarqué dans d'autres comics mettant en scène des Asiatiques nés sur le continent américain: ceux-ci semblent très américanisés et surtout très décoincés (mœurs plus occidentaux qu'orientaux - une tradition qui n'a pas réussi à les attraper). Par exemple Eve Wong, libre comme l'air, s'habille comme une "rebelle", court d'une relation à une autre (là où la norme asiatique voudrait qu'elle soit mariée depuis belle lurette -> norme qu'elle rejoint d'ailleurs sur la fin, donnant l'impression à Kyung qu'elle l'a profondément trahie).
Kalesniko dresse un portrait assez noir de l'être humain. Car si on connaît le Monty pitoyable et lâche comme dépeint tout au long de l'œuvre, la pauvre Kyung n'est pas non plus épargné. Avec Mariée par correspondance, j'ai eu la sensation que Mark Kalesniko met son lecteur face au sentiment de lâcheté. C'est cette lâcheté qui finalement n'épargne aucun des personnages: l'un reste avec cette femme qui le "néglige" (cf les premières pages de l'œuvre - froides, glauques, flippantes c'est beau le mariage), l'autre reste car elle ne ressent plus le courage de partir si c'est seule (après l'abandon de sa seule amie Eve Wong, finalement, elle se rend compte que cette force n'émanait pas d'elle mais d'une influence, elle reste faible, lâche) et Eve Wong, elle, perd l'amitié pour ne pas avoir su s'exprimer correctement et franchement (elle qui a donné une occasion à Kyung de découvrir sa féminité, sa force d'être une femme libre, elle qui lui a insufflé ce courage de quitter son train-train quotidien, celle-là même, cette seule amie, se conforme aux normes de la société: ce putain de mariage), Eve Wong ne voulait pas décevoir son amie Kyung. Les personnages communiquent finalement peu et s'enterrent chacun dans leur lâcheté: personne n'en sort indemne et les cicatrices sont particulièrement lourdes à porter (le fait que Kyung ne soit pas loin de ce mari monotone me révolte encore). Cette œuvre fait peur: pour sortir d'une situation aussi ennuyeuse, aussi monotone, il faut donc faire face à sa propre lâcheté. Kalesniko semble nous montrer que l'être humain est ainsi fait, lâche et c'est pourquoi les gens restent en général ensemble, bien que ce ne soit pas le meilleur, simplement par peur de changer, simplement par manque de courage.
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Mariée par correspondance est ainsi un ouvrage qui se lit d'une traite. Si au feuilletage il ne paraît pas très attrayant, la narration, les personnages, le talent de Kalesniko pour capturer un certain quotidien lui confèrent un certain charme (et beaucoup de personnalité). Une découverte très intéressante et satisfaisante qui donne envie de lire d'autres œuvres de l'auteur (Alex que je peux facilement me procurer). Notons aussi que Kalesniko est marié à une Asiatique lui-même. Ce que j'en tire de cette lecture: les clichés raciaux nourrissent des fantasmes assez effrayants, se marier par intérêt ne fait pas toujours bon ménage (l'une acceptant le jeu pour se barrer de Corée et prendre la nationalité canadienne, l'autre pour assouvir fantasmes et se sentir homme, ce dont il est incapable dans son propre pays - bref, une forme de prostitution), la lâcheté affaiblit l'être humain (qui, s'il était capable de se forcer à changer, pourrait sortir d'un train-train quotidien monotone).
Informations pratiques:
5 petits cochons!!!
Je ne pense pas faire un véritable "retour", l'inspiration est toujours aussi absente. Et surtout, j'ai même plus le Net chez moi! Il y a tant de trucs à lire que je n'arrive plus à trouver du temps pour leur consacrer chacun un petit écrit u_u.
Le fantasme de l'Asiatique me file la chair de poule aussi mais curieusement, je ne suis jamais tombée dans les griffes d'une telle personne. C'est simple: je ne les intéresse physiquement pas. Je suis pas assez "asiatique" pour eux apparemment. En tout cas, c'est drôle mais je n'ai jamais été victime d'un "héros chasseur d'asiatique" xD. Alors que toutes les Asiatiques en rencontrent ...
J'ai trouvé cette lecture fort intéressante. C'est la couverture qui me titillait déjà depuis un bon moment. Et puis, je me suis dit "pourquoi pas" :). Dans le genre "pourquoi pas", y'a eu Hong Kong Love Story que j'ai trouvé vraiment limité d'intérêt. Ou je ne suis pas assez mature pour ce genre de truc. J'hésite xD.
Je ne suis pas très patriotique car les JO, je les suivais AVANT avec les incidents "diplomatiques" mais depuis que ça a débuté, je regarde à peine O_o. Ce qui me soule un peu en France, c'est cette "beaufitude". Il faut que les présentateurs dorment dans un lit triplement superposé, ou encore on a droit à des trucs style messages dans les gâteaux chinois. Et leurs commentaires commentent pas toujours que le sport. Quant au chauvinisme, c'est hyper relou car on voit à peine les sports où y'a pas de Français... Et chez moi aussi on est de plus en plus "racistes" comme tu dis.
Mais outre cela, il y a aussi une autre espèce que je ne porte pas dans mon coeur. On a parlé des hommes jusque là mais il y a aussi ces filles... asiatiques qui se font draguer à toutes les Asian Fever et qui prennent grave la grosse tête. On se demande si elles peuvent encore entrer dans le métro en heure de pointe... Ces filles qui se prennent donc pour des reines.
Après, il n'y a rien de mal à aimer plus ou moins un type. Mais de là à renier son côté "occidental" et à tomber dans l'extrême du "jamais je ne serai avec une blanche elles valent pas les Asiatiques", bof. Surtout que cette vision me gêne car véhiculée par les manga, avec une gentille bonniche au bonnet F attendant le héros (moche et bête donc comme le mec qui kiffe ces Asiatiques, bien souvent, n'ayant pas de chance avec la gente féminine de chez eux, croient pouvoir se taper de jolies nanas au Japon en particulier) avec un bon repas. Un autre mec, fan de manga, m'ayant dit vouloir à tout prix épouser une Japonaise, m'a dit "au moins les filles sont pas des putes comme ici, les Japonaises sont respectables" ...
Et puis ce qu'il y a de fatiguant avec les dalleux, c'est qu'ils croient souvent tout savoir sur l'Asie. Qu'ils savent comment reconnaître tel ou tel pays etc etc... Ou qu'ils se permettent de trouver telle ou telle fille justement "pas assez Asiatique". Car on me l'a déjà faite 100 000 fois celle de "pas assez Asiatique"...
Les remarques connes sur le pays d'accueil ça m'énerve. Les trucs genre présenter l'émission sur un lit superposé à trois aussi. Bref, tous ces petits trucs font chier, malheureusement :(.
Je me souviens une fois je suis tombée sur je ne sais quelle épreuve: "il s'est coupé les cheveux" mais qu'on s'en fiche! Les Allemands aussi sont moins "bavards" sur la vie des sportifs et préfèrent se concentrer sur le sport d'après le peu d'échantillons que j'ai pu voir dans cette langue.
Ce qui me tue, c'est cette histoire de liberté d'expression. OK, on l'a en France mais on ne peut quasiment pas l'appliquer sous couvert d'un "politiquement correct". Alors on se censure seul. C'est efficace. Et puis, c'est drôle car on a pas la réelle "liberté de tout savoir" alors les médias qui ont monté tout le monde contre le Tibet... c'est facile, un p'tit peu de manip et c'est bon. J'ai même pensé à manifester avec des Chinois un samedi après-midi pour exprimer le mécontentement vis-à-vis de l'image qu'ils donnent aux Chinois dans les médias. Quant à me dire qu'on n'est pas des girouettes et qu'il faut toujours vérifier ses info etc etc, vous pensez que la population lambda (moi incluse) ne fait que regarder le JT point barre sans se faire ch*** à l'analyser?
Les mecs qui partent chercher autre chose en Asie... au secours :(...
Non mes parents ne m'ont pas mariée :). Et tu sais Hong Kong est très différent de la Chine dans la mentalité, on n'a pas ce genre de chose. Le mariage arrangé, ça ferait gueuler n'importe quel Hongkongais :o. On est né avec une forte liberté là-bas, les parents qui choisissent c'est terminé :). C'est pas le bled de la Chine ;). Pas de soucis pour ça :o
Facebook et Myspace xD... Au secours je n'aime pas les réseaux sociaux :( (mais j'ai Facebook et je ne sais pas à quoi ça sert sauf perdre son temps ...). Grosse surprise de te voir là, guy O_O
Quant à la pénurie, elle commence déjà. Pas qu'il n'y ait pas assez de femmes mais que celles-ci sont de plus en plus exigentes quant au niveau social. Celles-ci ne veulent plus d'hommes du type "mec du bled" et préfèrent chercher un mari dans des endroits plus développés soit dans les villes soit à Hong Kong. Les hommes de la campagne ou de milieux modestes ont déjà une certaine difficulté à trouver une femme. Certains vont jusqu'au Vietnam pour trouver une femme (tiens tiens il est encore question de statut social). Les hommes modestes de la ville iront chercher une femme de la campagne. Des kidnappings au Vietnam existent déjà.
Mais hors de cela, je trouve qu'on est globalement désagréable à Paris. Dans un magasin genre Printemps, on peut se faire envoyer chier quand la personne ne veut pas vous servir et fait mine d'être occupé. Les Parisiens sont assez désagréables dans le commerce. Alors que quand on va en Asie (Hong Kong par exemple), les gens sont très agréables dans les boutiques et si ils sont occupés ils le disent en souriant "je suis occupé mais je reviens vers vous". A Paris, on te regarde simplement PAS. Que l'on soit ou non Japonais, c'est une chose qui choque en venant à Paris. Ma mère l'a été en venant par exemple. Un tel manque de civisme (éloigné des Japonais qui ont, eux, beaucoup de civisme).
Mais outre cela, il y a aussi autre chose qui choque les Japonais. Dans leur pays, tout le monde est Japonais ou presque, la proportion d'immigrés est assez moindre. Mais à Paris, la mixité est de rigueur, les gens sont de toutes les couleurs. Alors quand on a tripé sur des trucs genre Lady Oscar avec des blonds aux yeux bleus partout, on sort légèrement déçu. Et je ne parle pas de la saleté dans les rues bien que ça s'est amélioré depuis peu, sans parler de la puanteur du métro (même pas équipé de la clim...)